L’utilisation à tout va de l’IA, ou la volonté manifeste d’en faire utilisation, est assurément l’un des sujets les plus clivants de ces derniers mois. D’autant plus dans l’industrie jeu vidéo où des nombreuses voix formulent le désir d’en tirer un maximum de profit. Une volonté qui, quand elle émane de studios indépendants peut se justifier, devient en revanche intolérable lorsque les plus imposants en font leur fonds de commerce. Toujours est-il que certains s’y opposent encore tel le créateur de No More Heroes et de l’imminent Romeo is a Dead Man, Suda 51.
Sus à l’IA !
Approché par Eurogamer, dans le cadre d’une interview (à des fins promotionnelles sans doute), Suda51 a profité de l’occasion pour donner son avis sur l’IA générative. Et, son discours fera certainement du bien à l’oreille du joueur en l’attente de son titre prévu pour le 11 février prochain sur console et PC.
Car, il l’affirme et le clame : l’outil en question ne saurait être une ressource pour ses créations, dont bien évidemment Romeo is a Dead Man. Un discours qui semble néanmoins en décalage avec son dernier titre réalisé en collaboration avec son compère, Swery. Pour cause, Hotel Barcelona avait, à ce titre, été désigné comme une œuvre ayant mis à profit de tels procédés, notamment pour générer des voix.
“La manière dont nous créons les jeux aujourd’hui, les compétences spécifiques du studio et des personnes que nous connaissons, qu’il s’agisse d’effets pratiques, d’art, de création graphique… ces compétences et cette passion que les humains mettent dans leur travail sont perceptibles par les joueurs. C’est quelque chose que les gens peuvent ressentir, pas seulement le fait que ce soit fait par des humains et non par une IA, mais aussi le fait que quelqu’un y a mis tout son cœur. Quelqu’un a travaillé dur pour que cela se réalise.”
Mais, il est vrai, que dans ce dernier projet, Suda51 n’avait qu’une part très minime, n’étant semble-t-il qu’à l’origine de l’idée qui a donné corps à l’œuvre. Ainsi, l’utilisation de l’IA ne peut lui être imputée. Et sa déclaration ne se retrouve pas forcément décrédibilisée… Aussi le papa de No More Heroes a tenu, par sa déclaration, à défendre le « travail humain » et, incidemment, garantir son intégrité artistique. Quoiqu’on pourrait également voir cette intervention comme une tentative de « blanchir » l’image NetEase, la société qui possède son studio Grasshopper Manufacture et qui était très branchée sur la question de l’IA.
“En ce qui concerne le fait de ne pas utiliser d’IA dans nos jeux, cela a commencé comme une politique de NetEase pour toutes ses sociétés. À l’origine, ils avaient un département dédié à la recherche et au développement dans le domaine de l’IA, mais à un moment donné, ils ont décidé d’y mettre fin. Ils ont fermé ce département et ont demandé à leurs studios de ne plus utiliser l’IA dans les jeux, de ne plus l’utiliser du tout”
NetEase réaffirme ses intentions
Une intervention qui aura donc surtout un but principal : montrer que Grasshopper Manufacture n’a pas été corrompu par les ambitions de NetEase, que Suda51 présente alors comme aujourd’hui surannées. Ce qui est loin d’être le cas… Et, pour le certifier, c’est la société elle-même qui a décidé de prendre la parole (via un représentant), voulant ainsi clarifier ses intentions et, par là, donner en quelque sorte un aperçu sur son futur où l’IA aura une place essentielle. En tout cas, la section recherche destinée à ce domaine est bel et bien efficiente.
“L’affirmation selon laquelle NetEase Games aurait fermé un département dédié à l’IA ou aurait interdit à ses équipes ou studios d’utiliser l’IA est fausse.”
Quelles conclusions en tirer ? Eh bien, cette déclaration de l’employé Suda suivie d’une réponse de la maison mère visant à rétablir la vérité constitue, à nos yeux, une situation quelque peu révélatrice, ou du moins intéressante. En effet, on a du mal à voir en ces différentes interventions autre chose qu’une sorte de « confrontation » entre deux modes de pensées irréconciliables : celle du créateur soucieux de son art contre celle qui régit une pensée « industrielle » fondée sur la performance.
Ainsi, se pose un questionnement plus général : que peut faire le créateur quand cette répugnance pour l’IA n’est pas partagée par l’ensemble de son groupe ? Œuvrer en indépendant, avec toutes les complications que cela implique ? Ou, au contraire, se soumettre en se pliant à un discours communément partagé et préférant se dire (ou se mentir) que, qui sait, l’IA générative présentement décriée sera un jour considérée comme le nec plus ultra de la production artistique ?

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