La licence Gundam et le jeu vidéo, c’est une grande histoire d’amour qui dure depuis plus de quarante ans. Depuis 1983, la célèbre franchise de robots géants japonais est un véritable caméléon du jeu vidéo. Que vous aimiez les jeux de combat, d’actions, les tactical rpg ou encore les jeux de simulations, difficile de ne pas trouver mecha à son pied. Cette capacité à épouser les tendances du moment a largement contribué à faire de ses adaptations vidéoludiques un prolongement naturel de la franchise. Ainsi, lorsque Gundam: Rogue Orbit a été annoncé au Summer Game Fest 2026, il était difficile d’imaginer autre chose qu’un nouveau jeu Gundam dans la continuité de ceux qui l’ont précédé.
Pourtant, dès les premières images, Rogue Orbit surprend par son intrigante mise en scène qui semble volontairement brouiller les pistes. Là où la plupart des jeux Gundam mettent immédiatement en avant leurs mobile suits ou héros emblématiques, le nouveau projet de Bandai Namco pourrait presque passer pour une toute nouvelle licence de science-fiction.
Avec sa direction artistique photoréaliste, son univers inédit et ses protagonistes inconnus, l’appartenance de Rogue Orbit à la licence Gundam n’est devinable que dans les dernières secondes de sa bande-annonce. Une approche nouvelle pour la série qui laisse entrevoir une certaine ambition. Derrière ce projet se cache peut-être bien plus qu’un simple nouveau jeu Gundam. Et si Rogue Orbit était le véritable point de départ d’une nouvelle ère pour la licence ?
La guerre c’est nul, mais avec des robots géants c’est plus cool
Au premier abord, Gundam: Rogue Orbit semble marquer une rupture. Les premières séquences de gameplay dévoilent un système de jeu bien plus nerveux et dynamique que ce à quoi Gundam est accoutumé. Décrit comme un « high-mobility action game », le titre semble miser sur des affrontements rapides où la maîtrise des déplacements et de la vitesse seront déterminants pour la survie du joueur. Une philosophie qui évoque davantage des jeux comme Vanquish ou Armored Core que les précédentes adaptations Gundam.
L’esthétique de Rogue Orbit participe également à ce sentiment de rupture. Avec son traitement réaliste et son travail des couleurs légèrement désaturées, le titre se rapproche davantage de l’univers gothique des jeux de FromSoftware que du style anime et des mobile suits colorés auxquels la franchise nous a souvent habitués. Un choix esthétique qui participe à cette impression de renouveau, mais qui ne sort pas de nulle part.
Depuis ses origines, Gundam n’a jamais eu pour vocation de glorifier la guerre, mais plutôt de montrer les conséquences humaines de ces conflits. Les mobile suits, aussi cools qu’ils puissent être, ne sont que les instruments d’une guerre qui déshumanise ceux qui la vivent. En adoptant une direction artistique davantage ancrée dans le réel et la science-fiction militaire, Rogue Orbit paraît vouloir revenir aux fondamentaux de Gundam et remettre cette dimension au premier plan. Plus qu’un nouveau départ, Rogue Orbit semble préparer le terrain d’une nouvelle ère pour la franchise. Un renouveau qui ne se limite d’ailleurs pas à son esthétique ou à son gameplay, mais qui se retrouve également dans la manière dont Bandai Namco a choisi de construire ce nouvel univers.
Un Gundam peut en cacher un autre
Depuis ses débuts, Gundam s’est construit autour d’un modèle bien établi. La parution d’une nouvelle série animée introduit généralement un univers inédit qui est, par la suite, décliné sous différentes formes : mangas, Gunpla, romans et enfin jeux vidéo. Les adaptations vidéoludiques de Gundam ont donc souvent eu pour rôle d’accompagner les différentes productions de la licence et de leur servir, en quelque sorte, de publicité. Si certaines adaptations ont tenté de raconter des histoires originales, elles restent généralement ancrées dans un univers ou avec des personnages déjà connus.
Or, avec Rogue Orbit, Bandai Namco semble vouloir inverser cette logique. Le studio présente ce nouveau jeu comme l’un des piliers du RG Project, un ambitieux projet transmédia introduisant une nouvelle période de la chronologie Gundam appelée After Apocalypse (A.A). Par ce choix, Bandai Namco s’affranchit de près de cinquante ans de continuité pour offrir un nouveau point de départ pour la franchise. Pas besoin de connaître Amuro Ray, Char Aznable, ou encore les événements de Gundam Wing ou de Gundam SEED, Rogue Orbit introduit ses propres personnages, Rex et Sophia, afin d’offrir une porte d’entrée accessible aussi bien aux nouveaux joueurs qu’aux fans de longue date.
Cependant, si vous souhaitez découvrir ce nouvel univers, Rogue Orbit n’est peut-être pas votre seule solution.
En effet, quelques semaines après son annonce, Bandai Namco dévoile mobile suit Gundam RG XARX-ZERO, une nouvelle série d’animation prenant place dans cette même chronologie. Toutefois, il ne s’agira pas d’une adaptation du jeu. L’anime racontera une autre histoire située à une période différente d’After Apocalypse.
Ainsi, la particularité du RG Project est qu’aucun média n’est à considérer comme l’adaptation d’un autre mais plutôt comme une œuvre complémentaire. Le jeu peut servir de publicité pour l’anime, au même titre que l’anime peut le faire pour le jeu, ce sont deux faces d’un même univers, qu’il faudra dans tous les cas voir pour appréhender pleinement cette nouvelle chronologie.
Évidemment, il faudra attendre la sortie de Rogue Orbit pour savoir si cette ambition sera réellement concrétisée. Le succès du RG Project dépendra autant de la qualité du jeu que de l’intérêt qu’il suscitera. Mais une chose semble néanmoins déjà évidente, la licence Gundam cherche à faire évoluer sa manière de raconter ses histoires. Pour la première fois, le jeu vidéo ne semble plus être le prolongement d’une série d’animation, mais l’un des médias fondateurs de ce nouvel univers. Si Bandai Namco tient ses promesses, Rogue Orbit pourrait marquer un véritable tournant pour l’avenir de la licence en jeu vidéo.