Le succès d’une oeuvre se mesure de diverses façons, permettant généralement à tout un chacun de se créer une opinion basée sur l’un des points clés : direction artistique, gameplay, scénario ou la globalité de l’expérience proposée. Les jeux sont ainsi éventuellement récompensés d’une remise de prix à l’autre, récompenses qui font généralement débat tant les intitulés peuvent s’avérer flous.
Seulement voilà, un titre qui récupère toutes les récompenses (ou la grande majorité) devient généralement un événement en soi, s’érigeant là en tant que « must play » pour les joueurs un peu plus occasionnels qui ne s’embêtent pas à trifouiller les fins fonds de steam pour jouer à de bons jeux. Attitude plutôt louable, mais qui entraîne toute la discussion qui suit.
La poule aux œufs d’or ou l’œuf d’or à la poule ?
Plusieurs licences, titres et même studios ont été à la fois grands vainqueurs et terribles victimes de cette machine infernale. Tout commence généralement par le passage de la pépite discrète au succès international qui vient nous chatouiller l’occiput tous les jours jusqu’à nous dégoûter atrocement.
Ce qui est le plus embêtant avec ce syndrome terrible, c’est qu’il arrive que le produit de base tienne une place plutôt douce dans le cœur du consommateur, comme une petite pépite partagée entre quelques personnes.
Point d’élitisme en ces lignes, nous parlons bien d’un sentiment, d’un besoin de partager, comme quand on vous demande ce que vous faites de votre vie et qu’un sourire mental se met à illuminer sans retenue votre humeur jusqu’ici plutôt terne.
Dès lors, il n’est plus nécessaire d’en discuter outre mesure et le sujet, bien qu’il puisse se représenter d’une soirée à l’autre, fini par laisser la place à un autre qui remplira foncièrement la même fonction. Ce sentiment de partage est donc une partie du processus de consommation. Mais il s’évapore quand, tout à coup, cette expérience que vous vous étiez appropriée n’est finalement plus qu’une obligation sociale que tous les joueurs ont déjà consommée.
Mourir en héros ou devenir le vilain
Il n’est pas nécessaire de nommer une œuvre, vous en avez déjà une en tête, quelle qu’elle soit. Elle s’est insidieusement imposée dans tous l’espace numérique et parfois au delà. Il est fréquent de la croiser sur les réseaux sociaux sous forme de mèmes, de publicité pour des t-shirts dérivés, au travers de polémiques ou d’une mise a jour, ne laissant finalement plus d’espace au silence ou même au choix.
Cette exposition répétée dépossède le public initial de son œuvre : quand le succès appartient à tout le monde, il ne semble plus appartenir à personne. Ainsi le sentiment plutôt chaleureux se transforme, par répétition, en fatigue cognitive qui nous pousse à zapper la chanson qui passe à la radio « qu’on a déjà entendu cent fois » et ce alors que l’œuvre elle même n’a pas changé d’une octave.
Non, ce qui a définitivement changé à cet instant, c’est les petits bouts de notre cerveau. Il arrive ainsi que l’humain se mette à générer un snobisme de survie, en appliquant une distanciation de ce qui a envahi l’espace médiatique. Comme une façon de prouver son identité face au groupe, l’esprit critique commence à chercher la petite bête, grattouiller pour justifier son agacement en transformant son amour d’antan en « c’est surcoté votre truc », oubliant la force initiale de l’expérience
Cet effet varie évidemment au gré des personnes, des psychés et des vécus. Celui qui est tombé amoureux au premier regard peut ainsi, au contraire, devenir le défenseur ultime de l’oeuvre, mettant en avant une posture « d’early adopter » face au groupe qui ne fait que subir la vague. Bravo à lui pour cette réussite certaine.
Néanmoins, il semblerait qu’une surexposition ne soit bénéfique pour personne, sauf pour les actionnaires qui trouvent décidément leur plaisir dans des situations bien étranges. La rumeur d’un remake ou d’une suite à Bloodborne n’en rend-elle pas le titre plus mythique ? L’existence évanescente de Silksong n’a-t-elle pas rendu sa sortie bien plus réussie qu’attendu ? Pour rester intemporel, une expérience doit savoir s’effacer, laisser une part de manque, se laisser désirer….

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