Si vous suivez de près l’actualité de Microsoft et Blizzard, une tendance inquiétante ne vous a sans doute pas échappé : plusieurs de leurs prochaines grosses sorties pourraient faire l’impasse sur le doublage français. En tout cas, pas sous la forme que le public peut espérer.
Tout a commencé avec l’ouverture des précommandes de Forza Horizon 6. Des joueurs aux aguets ont rapidement remarqué l’absence de la mention « Audio : Français » sur la fiche Steam du jeu. Le couperet est tombé peu après : via un tweet, le compte officiel a confirmé qu’aucun doublage VF n’était prévu pour le moment. Un coup dur pour une licence qui nous avait habitués à une immersion totale.
Et pour cause, les négociations seraient en cours, toujours selon le compte officiel. Le point de friction est désormais bien connu : l’utilisation de l’intelligence artificielle. Selon plusieurs clauses contractuelles pointées du doigt chez Microsoft, accepter de prêter sa voix à un personnage reviendrait à céder ses droits vocaux aux modèles d’IA de la firme pour l’entraînement de ses algorithmes.
Une pilule qui ne passe pas pour les professionnels du secteur. En signant, les comédiens craignent de voir une copie de leur propre voix les remplacer à l’avenir, sans compensation ni contrôle. Ce bras de fer explique le boycott actuel de certains projets. Si cette résistance est on ne peut plus compréhensible, pour l’instant, la situation semble bloquée, et le silence de Microsoft n’augure rien de bon pour une résolution rapide.
Un silence radio inquiétant
On pourrait croire que ces tensions ne concernent que les projets futurs, mais les faits racontent une tout autre histoire. La politique de Microsoft et Blizzard semble déjà impacter nos jeux actuels. Sur Overwatch, le constat est amer pour les puristes : les nouveaux personnages héritent désormais de doublages québécois. Un choix qui semble dicté par une volonté de réduire les coûts et de contourner les syndicats de comédiens français, plus protecteurs de leurs droits face à l’IA.
Le malaise s’étend même jusqu’à Azeroth. Avec l’extension World of Warcraft: Midnight, la situation est pire encore : des personnages historiques tel que Xal’atath voient leurs voix originales être purement et simplement remplacées. Microsoft semble avoir choisi son camp : celui de la rentabilité immédiate, quitte à sacrifier la cohérence artistique et l’attachement des fans à leurs héros de toujours.
Malgré la grogne qui monte sur les réseaux sociaux, aucune communication officielle n’est venue rassurer les fans. Ce silence de la part de Microsoft et Blizzard soulève une question légitime : quel avenir pour la localisation de nos franchises préférées ?
La peur des comédiens de voir leur identité vocale « aspirée » par des algorithmes est loin d’être un fantasme. Le mouvement #TouchePasMaVF a d’ailleurs pris une dimension juridique inédite : plusieurs grands noms du doublage français (dont la voix emblématique de Lara Croft, Françoise Cadol) ont récemment lancé des mises en demeure contre des sociétés spécialisées dans le clonage vocal.
Le futur de la production s’annonce électrique. Si l’IA est vendue par les firmes comme un outil pour « amplifier la créativité », elle ressemble pour l’instant surtout à un levier de réduction de coûts. Reste à savoir si les joueurs, attachés à ces voix qui les accompagnent depuis des décennies, accepteront ce passage au « tout synthétique » ou si le boycott finira par faire plier les firmes.

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