Il y a trois semaines, un scandale resté discret a refait surface dans le milieu de l’indé, mettant en cause Critical Reflex. Un éditeur que l’on comptait volontiers parmi nos petits chouchous, reconnu pour son soutien à des projets singuliers et étranges, à l’ambiance pesante et aux directions artistiques surréalistes ultra léchées, aujourd’hui visé par de graves accusations formulées par une ancienne employée.
Et si l’affaire choque par la nature des faits rapportés, elle ne surprend malheureusement personne : les cas de harcèlement et de violences psychologiques envers les femmes restent loin d’être isolés dans une industrie qui aime pourtant se revendiquer progressiste.
Evelina Zemljic Polanco, ex-community manager de l’éditeur vivant en Serbie, a choisi de rendre publique son expérience vécue entre 2022 et 2025 au sein de l’entreprise. Un témoignage dense, et surtout appuyé par de nombreux documents irréfragables.
Derrière la vitrine, une réalité brutale
Evelina Zemljic affirme avoir travaillé plus de deux ans sans contrat formel, pour une rémunération mensuelle largement inférieure au minimum légal en vigueur à Chypre, où est basée l’entreprise. Une situation qui s’inscrivait dans un cadre de travail à temps plein, et apparemment sans véritable structure de ressources humaines ni mécanisme interne permettant de signaler des abus ou des dysfonctionnements.
L’ancienne employée décrit un environnement professionnel déséquilibré, marqué par une hiérarchie floue, une gestion approximative et de fortes disparités de salaire et de traitement entre salariés occupant des fonctions similaires.
Elle accuse un ex-producteur de Critical Reflex, Ted Hentschke, de comportements répétés de harcèlement sexuel et de violences psychologiques, évoquant des messages déplacés et des échanges totalement inappropriés. Il suffit de parcourir une infime partie de l’historique des conversations Discord qu’elle a rendues publiques pour mesurer la gravité de la situation.
Faute de cadre protecteur et par crainte des conséquences sur sa carrière, elle explique avoir longtemps gardé le silence. Une situation qui, explique-t-elle, a contribué à une dégradation profonde de sa santé mentale, jusqu’à une hospitalisation psychiatrique à Belgrade.
La vidéo de trente minutes publiée par Evelina Zemljicva va bien au-delà des maigres informations relayées dans cet article : elle expose de nombreux détails, donne du contexte sur la situation qu’elle a vécue et permet de comprendre l’ampleur des faits tels qu’elle les décrits.
Dans les commentaires de la vidéo, les témoignages relatant des faits de harcèlement dans l’industrie, certains directement attribués à Ted Hentschke, se sont multipliés au fil des jours. Cette accumulation de récits témoigne une nouvelle fois d’une libération de la parole, rappelant que ces violences prospèrent toujours dans le silence.
Triste ironie pour Critical Reflex, un éditeur dont le catalogue prétend interroger les violences systémiques, tout en étant aujourd’hui accusé de les reproduire en interne, voire de les normaliser. Reste à voir si cette prise de parole débouchera sur autre chose qu’un silence poli et une indignation de façade, ce qui semble peu probable au vu du faible écho rencontré jusqu’ici.

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