Compulsion Games est un studio encore relativement discret dans l’industrie, Contrast et We Happy Few ayant reçu des critiques mitigées. Pourtant, cela n’a pas empêché Xbox de discerner un certain potentiel et d’acquérir le studio en 2018. Désormais intégré aux Xbox Game Studios, South of Midnight s’inscrit, aux côtés d’Avowed, parmi les premières grosses sorties censées prouver que les investissements de la firme de Phil Spencer portent enfin leurs fruits. Annoncé en juin 2023 et attendu pour le 8 avril 2025, South of Midnight mérite-t-il qu’on s’y attarde ?
(Test du jeu South of Midnight sur PC réalisé à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Le tourbillon de la vie
Dans South of Midnight, on incarne Hazel, une adolescente qui, après avoir survécu à un ouragan dévastateur, se lance à la poursuite de la caravane qui a emporté sa mère. Son périple la mène chez Bunny, sa grand-mère, où elle se découvre un destin hors du commun : celui de Tisseuse.
Désormais dotée d’un pouvoir mystique, Hazel devient une magicienne du destin, capable de recoudre les fils de la grande tapisserie pour restaurer l’équilibre et éradiquer le mal qui gangrène son monde. Nous voilà lancés à la poursuite de sa mère, tout en réparant les stigmates laissés par le temps et en dénouant les nœuds de la vie, non sans affrontement avec ce que le jeu appelle des Hanteurs, des créatures terrifiantes qui, malheureusement, ne se déclinent qu’en un nombre (trop) restreint de variations.
On alterne donc entre phases de plateforme et phases de combat, dans un enchaînement bien trop réglé. Les affrontements se déroulent dans des zones clairement délimitées, il faut d’abord purifier tous les Hanteurs, puis dénouer le nœud central. Le jeu nous offre de temps en temps une séquence de « poursuite » qui n’est qu’une façon enjolivée de dire « plateforme chronométrée ».
Malheureusement c’est justement sur ce point que l’expérience peut parfois laisser perplexe. Le saut manque d’amplitude, et quelques soucis de collision viennent ternir l’ensemble. Le parcours reste globalement linéaire, agrémenté de quelques embranchements secondaires qui permettent de récupérer de quoi améliorer les capacités d’Hazel… On aurait pu espérer un arbre de compétence digne de ce nom pour rentabiliser l’expérience.
Le fil et la guinde
Les combats sont plutôt agréables, mais peuvent vite devenir répétitifs. Hazel dispose de plusieurs sorts, chacun avec son propre temps de recharge. Dénouer un ennemi permet non seulement de réduire ces délais, mais aussi de récupérer un peu de vie, ce qui pousse à prioriser ses cibles, à gérer ses compétences intelligemment et à esquiver au bon moment. Le système est dynamique et a le mérite de ne pas simplement copier la formule des Souls-like, mais il manque peut-être d’un brin d’originalité pour vraiment se démarquer.
Et c’est là que réside le principal problème du jeu, qui peut ne pas en être un selon vos attentes : South of Midnight ne brille pas par son originalité. Saut, double saut, mur d’escalade, parois à longer, grappin… même la créature à envoyer dans des trous pour activer des leviers, tout ce kit de mouvements que l’on retrouve dans tant d’autres jeux est ici intact et sans grande surprise. Hazel maîtrise toutes ces mécaniques, mais sans véritable ajout innovant à la formule.
C’est d’autant plus regrettable que le jeu avait le potentiel d’apporter quelque chose de nouveau, notamment à travers son univers et son concept de « Tisseuse ». Malheureusement, rien ne vient vraiment enrichir cette base bien connue des joueurs. On reconnaît sans mal les schémas classiques de Game et Level Design, ce qui renforce l’impression de déjà-vu. Avec des pouvoirs aussi charismatiques que ceux d’Hazel, c’est d’autant plus frustrant—on imagine aisément tout ce qui aurait pu être fait pour enrichir l’expérience…
À travers le bayou
D’autant plus que, visuellement, le travail accompli force le respect. South of Midnight est un magnifique voyage, porté par une direction artistique inspirée et soignée. À quelques animations redondantes près, chaque plan respire le souci du détail, donnant au jeu une véritable identité visuelle, qui contraste avec son gameplay plus convenu.
Que ce soit sur le plan visuel, auditif ou narratif, l’aventure d’Hazel captive réellement. Plus on progresse dans la région, plus l’envie de poser la manette s’efface, remplacée par la curiosité de découvrir ce qui nous attend. Au fil de la quête pour retrouver sa mère, Hazel traverse une série de péripéties marquées par des rencontres marquantes.
Chaque chapitre s’attarde sur la chute d’une âme, racontant comment une personne a fini par devenir un nœud dans la toile du destin. Ces récits, souvent empreints de mélancolie, donnent du relief à l’univers du jeu et renforcent ce sentiment de réparer un monde brisé, un fil après l’autre.
Les thématiques abordées sont dures mais touchantes, racontées avec une sincérité et une bienveillance qui les rendent d’autant plus percutantes. Visuellement, le jeu est splendide: les panoramas sont magnifiques, et l’ambiance du bayou offre un vrai bol d’air frais… ou plutôt marécageux.
Le style visuel des personnages, évoquant l’argile de la stop motion, apporte une identité forte au jeu. Pourtant, entre chaque chapitre, des cinématiques en livre animé viennent narrer les événements passés et futurs. Un ajout artistique peut-être pas indispensable, tant l’univers parvient déjà à transmettre ses émotions à travers l’exploration et les dialogues.
La musique est un véritable pilier du jeu, et pour cause : la bande originale, signée Olivier Deriviere (A Plague Tale), ne laisse rien au hasard. Chaque personnage qu’Hazel dénoue a son propre thème musical évolutif, partant d’un simple banjo pour s’élever progressivement vers un orchestre puissant et une chorale envoûtante.
On perçoit non seulement une intégration profonde de la musique dans la conception du jeu, mais aussi un respect inébranlable pour l’essence même de South of Midnight : un conte vivant où la musique ne se contente pas d’accompagner l’action, mais prend parfois le dessus sur le reste. En baissant le volume des autres canaux sonores (effets, voix, ambiance), elle s’impose comme un acteur à part entière de la narration, renforçant ainsi l’émotion et l’immersion à des moments clés.
Les premières heures du voyage d’Hazel sont quelque peu difficiles à appréhender. On se retrouve à évoluer dans un terrain déjà bien connu : des mécaniques de combat et d’exploration réutilisant des ressorts traditionnels, sans grande surprise. Les patterns de level design et de game design sont rapidement identifiables et, malheureusement, peu renouvelés au fil de l’aventure.
Cependant, à mesure qu’on progresse, on finit par s’accommoder de cette proposition qui, au fond, ne cherche pas à nous impressionner par ses mécaniques, mais plutôt par sa mise en scène. Le bayou devient un véritable tableau vivant, une expérience immersive à couper le souffle, et les personnages que l’on rencontre sont tous attachants à leur manière. Bien que certains puissent considérer que l’intrigue de South of Midnight est prévisible, elle n’en reste pas moins un fil conducteur séduisant, invitant à une expérience unique.
Abordez South of Midnight comme vous aborderiez un film Disney de votre enfance : une aventure qui, bien que dénuée de grandes surprises, saura vous captiver et vous apporter une expérience plaisante et réconfortante. Un voyage où la magie réside davantage dans l’ensemble que dans des rebondissements inattendus.