Nous fûmes très emballés par la démo de Scott Pilgrim EX, publiée quelques jours avant la sortie du jeu. Un titre qui vient marquer le retour de la licence, jamais vraiment partie, mais aussi le retour aux fondamentaux : du beat’em all néo-rétro en pixel art, auquel les développeurs, déjà à l’œuvre sur le Scott Pilgrim VS. The World sorti en 2010, ont apporté quelques nouveautés.
L’œuvre complète entre les mains, reste-t-on sur cette notre extrêmement positive ? Oui… et non.
(Test de Scott Pilgrim EX réalisé sur PC via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir
Bien que limité à six tomes format manga sortis à partir de 2004 (et au rythme de plus ou moins un par an), l’enthousiasme pour la création de Brian Lee O’Malley est tel qu’en plus de 20 ans d’existence l’œuvre aura finalement rarement quitté l’actualité : adaptation en film (par Edgar Shaun of the Dead Wright), republication en version couleurs, un premier jeu vidéo, une série très maligne sur Netflix qui raconte une histoire alternative, des histoires courtes inédites pour les « free comic book days » , et donc ce second jeu vidéo.
Et encore une fois, c’est un véritable plaisir que de retrouver cette Toronto un rien décalée, les Sex Bob-Omb, les seconds rôles hauts en couleur, les gangs de végétaliens, et les super vilains over the top qui entourent Scott, dans une histoire écrite par Brian Lee O’Malley en personne.
Hélas, première petite déception, si l’univers que l’on arpente est assez cool, le scénario en tant que tel est loin d’être l’attraction principale du jeu, et quiconque voudrait s’y plonger essentiellement pour suivre une nouvelle histoire de Scott Pilgrim risque de faire un peu la grimace.
Dans cette aventure, les choses sont devenues un peu hors de contrôle à Toronto, complètement déréglée par les portes interdimensionnelles. Mais le groupe, qui a le sens des priorités, n’a pas le temps de se retourner sur ces évènements puisqu’il doit se préparer pour un concert. Concert hélas remis en cause par l’intervention de Metal Scott, un nouveau méchant créé pour le jeu, qui enlève tous les membres des Sex Bob-Omb qu’il appartiendra au joueur de retrouver.
Baby, you’re a firework
Malgré ce scénario convenu, arpenter cette Toronto complètement foutraque reste terriblement fun, et un véritable feu d’artifice pop. Le pixel art du jeu est toujours aussi impeccable, le déréglage interdimensionnel est une excellente excuse pour varier les environnements (de la rue commerçante à la plage en passant par un manoir à la Dracula ou… l’Ère Glacière !) et les personnages, que ce soit les mobs, les figurants en arrière-plan, ou ceux qui tiennent déjà un rôle dans la BD, tous sont soignés, colorés, et sexy.
Comme l’œuvre originale, Scott Pilgrim EX regorge de références et clins d’œil plus ou moins évidents, du jeu vidéo (les points de sauvegarde en forme de lampadaire ou Metal Scott, de manière très transparente inspiré de Metal Sonic) à la culture pop en général (les jumeaux Katanayagi en Fantôme de l’Opéra version Phantom of the Paradise). Et quand on ne guette pas les références, on s’amuse des titres de films ou de chansons fictifs ou des situations en arrière-plan. Une manière de détourner le regard d’un gameplay peut-être trop basique ?
Mon pouce ce héros
Scott Pilgrim EX est sans aucune surprise un nouvel hommage aux beat’em up de la génération 16 bits, de Streets of Rage à Turtles in Time en passant par Cadillacs and Dinausaurs. Un hommage peut être trop respectueux ? Car à une époque où l’on dépoussière justement ces licences des années 90, avec Streets of Rage 4 ou Shinobi Art of Vengeance, Scott Pilgrim EX se montre particulièrement conservateur. Ce qui vient un peu en contradiction avec la licence, toute en distance et ironie, voire cynisme.
Ainsi, si le menu pause nous propose une liste de coups relativement étendue, on passera 80% du jeu à presser frénétiquement X, le bouton d’attaque de base. La commande pour l’esquive (gachette droite + A + une direction) est complètement contre-intuitive, les « magies » souvent faiblardes, et certains boss difficiles à lire (on n’a pas tout à fait compris à quel moment le King Burger était vulnérable à nos coups, et à quels moments il était « invincible », d’où, encore une fois, la stratégie du button mashing…).
Certes, le jeu fait évoluer la formule en proposant une carte à embranchements, avec des missions à réaliser nécessitant des allers-retours, et plus seulement un long traveling vers la droite. Mais c’est quelque chose qu’on avait déjà vu dans River City Girls 2, par exemple, dès 2022. Le fait de pouvoir incarner de nombreux personnages de la licence, et le mode coopération en ligne ou en local jusqu’à 4 joueurs (entrainant un joyeux chaos à l’écran !) sont des arguments à faire valoir, mais insuffisants pour nous enlever de la bouche ce goût de trop peu…
C’est un vrai plaisir que de retrouver toute la joyeuse bande créée par Brian Lee O’Malley. Scott Pilgrim EX porte bien son nom, et est effectivement une version améliorée du jeu Ubisoft de 2010 : une D.A. et un gameplay très proches, mais augmentés d’une nouvelle carte non linéaire, de la coop’ jusqu’à 4 joueurs, et d’une ribambelle de personnages jouables.
Hélas, l’hommage au beat’em up de la grande époque est un peu trop sage et souffre des limites du genre, et notamment d’un gameplay qui a du mal à se renouveler. Le titre ne bouleversera pas le genre, mais devrait parler aux amateurs du comic book, des jeux néo-rétro, ou des deux !


