Depuis une dizaine d’années maintenant, Capcom s’est lancé dans un vaste travail de republication de ses licences historiques. Initiée autour de 2015 avec les premières compilations dédiées à la série classique, cette stratégie s’est progressivement étendue : Mega Man X, puis Zero/ZX, et plus récemment Battle Network ont tous eu droit à des collections modernes, souvient bien pensées et généreuses en options.
Avec cette nouvelle collection, l’éditeur poursuit logiquement ce chantier de préservation. Une initiative d’autant plus pertinente que cette trilogie, sortie à l’origine sur Nintendo DS entre 2006 et 2009, restait jusqu’ici difficilement accessible. Coincés sur un support aujourd’hui vieillissant, ces épisodes étaient devenus rares, et souvent couteux sur le marché de l’occasion.
(Test de Mega Man Star Force Legacy Collection réalisé sur Nintendo Switch à partir d’une copie fournie par l’éditeur)
Sept jeux (ou presque)
Sur le papier, Mega Man Star Force Legacy Collection propose pas moins de sept jeux. Un chiffre impressionnant au premier abord, mais qui mérite d’être précisé. En réalité, la compilation regroupe trois épisodes principaux, chacun décliné en plusieurs versions, un fonctionnement très proche de celui de Pokémon à l’époque.
Ces variations ne sont pas de simples doublons, mais elles ne transforment pas non plus radicalement l’expérience. Les différences portent principalement sur certaines formes de transformation disponibles, des cartes (attaques) exclusives, quelques ennemis ou boss légèrement différents, et des variations de contenu ou d’équilibrage.
Autrement dit, on reste sur une base commune très largement partagée, avec des ajustements qui encouragent surtout la re-jouabilité plutôt qu’une redécouverte complète de chaque version. Un choix cohérent avec l’époque de sortie des jeux, mais qui peut donner une impression de volume un peu trompeuse aujourd’hui.
La pilule de la langue passe mieux grâce au reste
Côté contenu, et c’est probablement le point qui risque de faire grincer le plus de dents : les trois jeux sont uniquement jouables en anglais et en japonais. Un choix étonnant, voire frustrant, quand on se souvient que les deux premiers épisodes avaient bénéficié d’une sortie européenne.
Capcom ne s’est donc pas contenté de ne pas traduire le troisième opus, ce qui aurait déjà pu être regrettable, mais a également fait l’impasse sur des traductions déjà existantes. Dans une série aussi narrative, où les dialogues occupent une place importante, cette décision n’est pas anodine. Elle risque d’écarter une partie du public ou, au minimum, de rendre l’expérience moins confortable pour les joueurs non-anglophones.
Heureusement, la copie est bien plus convaincante sur le terrain des fonctionnalités. Comme souvent avec les compilations récentes de Capcom, le travail d’adaptation aux standards actuels est sérieux, et parfois même exemplaire. Les contrôles sont entièrement re-configurables, permettant de retaper chaque action selon ses préférences. Les options d’accessibilité sont nombreuses et permettent d’ajuster finement la difficulté selon ses envies. L’ensemble rend l’expérience bien plus souple qu’à l’époque, sans la dénaturer.
L’interface, elle, fait un travail intelligent pour compenser l’absence du double écran. Il est possible d’organiser librement, de redimensionner les fenêtres ou de changer leur position. Sur Switch, le mode vertical permet même de retrouver une sensation proche de la Nintendo DS. Une option pertinente, même si, dans les faits, le second écran n’était jamais central dans Star Force, se contentant d’afficher des informations secondaires.
Visuellement, la compilation laisse le choix. Il est possible de conserver le rendu d’origine ou d’activer des filtres qui lissent les pixels et modernisent légèrement l’image. Ces options sont personnalisables en détail, permettant de mixer les styles selon ses préférences. La plupart des éléments visuels ont été retravaillés, comme les polices de texte, les icônes des personnages et surtout les illustrations des cartes. Le résultat est plus lisible, mais parfois un peu moins chargé en personnalité.
Connexion établie… et difficile à couper
Pour ce test, seul le premier épisode a été relancé en profondeur. Et bonne surprise : le jeu a globalement très bien vieilli. Le pixel art est encore très joli, les environnements restent agréables et les musiques font toujours leur effet dès les premières secondes.
Tout n’est pas parfait pour autant. Le didacticiel d’introduction reste long, bavard et parfois confus, avec un vocabulaire inutilement complexe. Une entrée en matière un peu laborieuse, heureusement vite oubliée car l’histoire, elle, fonctionne toujours aussi bien. On suit Geo, un jeune garçon solitaire, dont la vie bascule après sa rencontre avec Mega. Leur relation constitue le cœur du récit, avec une évolution progressive qui, malgré quelques clichés et éléments datés, reste attachante.
Le véritable point fort du jeu reste son système de combat. Mélange d’action et de stratégie, il demande à la fois des réflexes et de l’anticipation. La gestion des cartes, le positionnement et le rythme des affrontements créent une boucle de gameplay toujours aussi efficace. Même aujourd’hui, la formule fonctionne sans difficulté. Les combats sont dynamiques, engageants et conservent ce côté addictif qui faisait déjà leur (star) force à l’époque.
Un autre point mérite d’être souligné : le retour des fonctionnalités en ligne. À l’époque, les épisodes Star Force proposaient déjà du multijoueur, que ce soit pour affronter d’autres joueurs, échanger des cartes ou profiter du système de « Brother Band », qui enrichissait directement la progression. Des options devenues inaccessibles à la fermeture des serveurs en 2014.
Dans un contexte où la Nintendo DS n’est (toujours ?) pas rétro-compatible avec les machines actuelles, notamment via les programmes Nintendo Classics sur Switch 1 et 2, cette compilation apparaît presque comme une évidence et même, comme un modèle à suivre. Elle permet aussi et surtout de remettre sur le devant de la scène une trilogie injustement méconnue et pourtant extrêmement sympathique à parcourir.
En attendant Mega Man 12, déjà officialisé sous le nom de Dual Override, cette Legacy Collection fait office de passerelle idéale. Une manière de replonger dans une autre facette de la série et de patienter, sans vraiment avoir l’impression d’attendre.


