Initialement sorti en 1997, le premier opus de Fighting Force avait laissé une impression juste moyenne dans l’esprit des joueurs. Un beat’em up 3D favorisant le corps à corps, 4 personnages jouables et des environnements destructibles, le jeu de Core Design et d’Eidos s’ancrait parfaitement dans une époque pleine de jeux PlayStation 1 agréables mais qui n’entendaient pas révolutionner une formule qui fonctionnait. En 1999, Fighting Force 2 débarque et le constat est sans appel : il s’agit du même jeu mais avec un unique protagoniste jouable. Suite à cette semi-déception, la licence fut enterrée et resta comme un sympathique souvenir dans l’esprit des amateurs de beat’em up.
Fast forward de 30 ans, Implicit Conversions Inc. et Limited Run Games font le pari de réunir les deux opus de Fighting Force dans une compilation et ainsi faire découvrir au public ces beat’em up de l’ère PlayStation 1. Mais est-ce que cette idée est réellement probante en 2026 ? Le portage de Fighting Force est-il un énième témoin de cette mode du portage rétro peu inspiré et utile ?
(Test de Fighting Force collection réalisé sur PS5 à partir d’une copie fournie par l’éditeur)
Un portage qui montre très vite ses limites
Dans Fighting Force, le terrible docteur Zeng menace l’équilibre du monde ! La Fighting Force composée des valeureux et testostéronés Hawk, Smasher, Mace et Alana est donc envoyée au casse-pipe pour sauver la démocratie et le monde libre. Même sauce dans le second volume, dans lequel vous incarnez Hawk désormais mercenaire devant enquêter sur une vile corporation spécialisée dans le clonage illégal.
Ces différents scénarios dignes d’une série Z d’action des années 80 ne sont qu’un prétexte pour faire un maximum de bagarres. Dans Fighting Force premier du nom, les quatre personnages possèdent tous leur palette de coups spéciaux et combos ce qui vous permet de varier les plaisirs lors de vos nombreuses échauffourées. Vous pourrez également ramasser divers objets qui pourront vous servir d’armes de fortune comme des battes, des barres de fer, des couteaux mais aussi des pistolets et des lances roquettes.
Bien que les jeux vous proposent d’alterner entre combos, glissades dans les mollets et high-kick à la Jean-Claude Van Damme, vous comprendrez bien vite que marteler les coups de pieds et les courses en cercles autour de vos ennemis sera la principale stratégie à adopter dans Fighting Force. Ce qui pouvait être compréhensible à l’ère de la PlayStation 1 avec son manque de fluidité et ses déplacements rigides est ici un retour en arrière à une époque où des studios comme Nightdive arrivent à rendre plus jouables des jeux comme The Thing (sans pour autant remanier l’expérience et en faire un remake).
Le même constat est observable pour la partie graphique, la compilation n’ayant profité que d’un lissage rapide de ses textures. A l’approche des murs et autres éléments du décor, les polygones sautent et bougent au rythme de notre avancée ou du mouvement de la caméra, un artefact de l’époque PlayStation parmi tant d’autres. Fighting Force 2 s’en sort légèrement mieux, mais ce dernier a pour lui d’être sorti plus tard et donc de profiter des avancées technologiques du futur de 1999.
La méthode Limited Run
Les défauts précédemment cités sont en soi une marque du temps qui passe sur certains titres de l’époque. Fighting Force et le second opus sont des beat’em up qui étaient somme toute convenables à l’époque, mais aujourd’hui et sans le passage par la case remake, beaucoup de jeux comme lui ne valent peut-être pas le coup d’être redécouverts si on excepte le détour nostalgique. C’est là qu’apparaissent les limites de la méthode de Limited Run.
La société, spécialisée, dans un premier temps, dans la distribution physique de jeux à l’origine disponibles en dématérialisé, propose désormais des éditions physiques et légèrement retouchées de jeux de l’époque 32 bits. Sans réelles plus-values ni même travail (contrairement à Nightdive Studios et Aspyr), les portages proposés par Limited Run sont très souvent des moyens de toucher la fibre nostalgique de nombreux joueurs et donc leur portefeuille.
Les seuls réels ajouts qui intéressent les joueurs, c’est-à-dire ceux touchant au cœur même du gameplay et de l’expérience générale, sont accessibles depuis le menu pause et sont des rustines déjà présentes dans la quasi-totalité du catalogue de portage de Limited Run. Sont présents la possibilité de revenir quelques secondes en arrière dans votre partie, la sauvegarde et le chargement rapide, et quelques ajustements graphiques très discrets.
Avec cette collection, la société Limited Run compte capitaliser sur les fans de Fighting Force mais aussi, et surtout, sur les joueurs nostalgiques de l’époque PlayStation 1. Aux vues de l’investissement relativement maigre déployé, le retour sur investissement sera plus que profitable. La collection étant vendue 20€, nombreux seront les joueurs à mettre la main au portefeuille pour tenter de retrouver un soupçon d’émotion semblable à celle qu’ils ont pu ressentir à l’époque. Malheureusement, c’est un coup (de poing) dans l’eau.
Les deux opus de Fighting Force ne sont en soi pas de mauvais jeux, ils sont seulement symptomatiques d’une époque où les jeux d’action 3D pullulaient un peu partout sur le marché. Déplacements rigides, level design peu inspiré… La promenade pouvait nous occuper une poignée d’heures et nous en gardions un souvenir sympathique. Mais là où le bât blesse, c’est au niveau de la proposition plus que timide voire vide de sens de Limited Run. Aucune réelle nouveauté, ni même rehaussage graphique, ne peut justifier un tel prix de vente et encore moins sur génération actuelle. Limited Run aurait mieux fait de laisser la licence Fighting Force dans les limbes émotionnelles des joueurs.


