En 2024, Capcom surprenait en sortant Kunitsu-gami: Path of the Godess, une proposition qu’on aurait plus facilement vue chez un indépendant, tant en termes de gameplay (un cocktail expérimental de tower defense et de beat’em all) que de budget. C’est un peu ce modèle que suit aujourd’hui Konami avec Darwin’s Paradox, petit jeu à l’échelle de l’éditeur de Silent Hill et Metal Gear Solid.
Cinematic platformer français, le titre arrive après deux grosses déceptions venues de pointures du genre, Little Nightmares 3 et Reanimal. Alors la pieuvre de Darwin’s Paradox réussit-elle à relever le niveau ?
(Test de Darwin’s Paradox réalisé sur PC via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Poulpe fiction
Difficile quand on sort un cinematic platformer de ne pas être comparé aux grands noms qui ont fait le genre. Et c’est d’autant plus compliqué quand ces grands noms que sont Little Nightmares et le studio Tarsier ont fait l’actualité tout récemment. Pour s’en écarter, Darwin’s Paradox a un truc tout simple, mais très efficace : le changement d’ambiance.
Le cinematic platformer est souvent synonyme de cauchemar : c’est vrai pour les deux acteurs cités plus haut, mais aussi pour les classiques Limbo et Inside, ou encore pour le titre fondateur Another World, qui téléportait son héros sur une planète hostile. Darwin’s Paradox prend le contrepied en choisissant, plutôt que l’horreur, l’ambiance cartoon. Le jeu est souvent coloré, les méchants rigolos (la mouette s’appelle Steven Seagull !), et le héros de l’aventure a tout d’un personnage de Tex Avery.
Très élastique, dotée d’une paire de yeux expressifs, la pieuvre que l’on contrôle restera ainsi quelques fractions de secondes dans les airs, désemparée, avant d’aller s’écraser au sol en cas de saut manqué !
Le scénario, lui aussi très cartoonesque, n’est que prétexte à envoyer le personnage dans des environnements divers et variés, mais ce positionnement cartoon justement, lui permet une certaine extravagance et un côté patchwork que l’on avait peu apprécié chez Reanimal. La pieuvre, héroïne du jeu, est ainsi capturée par le rayon tracteur d’un OVNI, ce qui, de rebondissements (au sens propre comme au figuré !) en péripéties, l’amènera à découvrir les dessous de la production d’un géant de l’agroalimentaire, mais aussi un complot visant à dominer le monde…
Il ne s’agira pourtant pas pour le mollusque d’empêcher quoi que ce soit, mais simplement d’essayer de regagner l’océan auquel les aliens l’ont arraché.
Octopussy
Zedrimetim, le studio parisien aux manettes de Darwin’s Paradox, revendique la volonté de créer un jeu « digne d’un film d’animation ». Pour coller avec cette ambition, le studio a particulièrement travaillé l’animation et l’expressivité de Darwin la pieuvre, mais aussi de certains ennemis.
La mise en scène va également dans ce sens, avec un jeu sur les échelles, une caméra qui recule parfois très loin, ou qui se rapproche du personnage selon les niveaux, et des cutscenes comme des virgules, parfois courtes, permettant de dynamiser et de varier ce qui est affiché à l’écran.
Si la rupture de ton avec les titres habituels du genre est franche, le jeu ne se déroule pas pour autant à Equestria (le pays de Mon Petit Poney pour les fins connaisseurs). Certains niveaux sont glauques, et d’autres sont graphiquement sombres (nous avons partiellement parcouru le jeu sur ROG Ally, sur lequel il tourne parfaitement, notons-le, mais pour ces niveaux-là, nous avons dû augmenter la luminosité au maximum). Certains thèmes évoqués en arrière-plan sont aussi moins futiles que le jeu ne le laisse paraître (ultra-capitalisme, exploitation de la planète à outrance, pollution…).
« Ils sont huit, et y’a pas un seul cerveau »
Contrairement à Sexion d’Assaut, l’ancien groupe de Gims, que Joeystarr avait décrit en ces termes : « Ils sont huit, et y’a pas un seul cerveau », la pieuvre possède huit bras ET un gros cerveau, qui serait comparable à celui de l’homme. Le jeu démarre d’ailleurs sur cette anecdote, qui vaut son titre au jeu : le paradoxe de Darwin, c’est de comprendre comment il est possible que cette créature si éloignée de nous dans l’évolution soit d’une intelligence comparable à celle des humains.
Il faut préciser que ce concept est complètement fictif et inventé par le jeu, et le Paradoxe de Darwin existe bien, mais concerne les récifs de corail et s’appuie sur tout autre chose que l’intelligence. Et si la pieuvre est extraordinairement intelligente, son fonctionnement est complètement différent et incomparable avec « l’intelligence humaine ».
Ce génie du céphalopode se traduit toutefois dans le gameplay par des situations très variées dont il faut se sortir. Le cinematic platformer tire souvent du côté du puzzle platformer, et si ce sera aussi le cas ici, Darwin’s Paradox n’hésite pas, lui, à confronter le joueur à de vrais moments de plateforme, voire de plateforme hardcore, à la Super Meat Boy. L’une des séquences nous demande d’ailleurs d’échapper à différents outils pointus et acérés : attendrisseur, hachoir… qui visent à réduire la pieuvre en pâté !
Il y a aussi un autre genre que l’on croise dans le jeu : l’infiltration light. Éviter des radars, des projecteurs, ou d’être aperçu par les personnages présents dans les décors que l’on traverse sera l’un des défis qui revient au cours des niveaux ; défi que l’on pourra relever grâce à une autre capacité du mollusque, celui de se fondre dans son environnement comme un caméléon. Après tout, on reste chez Konami, le clin d’œil à Metal Gear n’est pas loin (les boîtes en carton sont d’ailleurs un élément clé du jeu !).
Énigme, plateforme, course poursuite, infiltration… Contrairement aux derniers cinematic platformer qu’on a pu tester, Darwin’s Paradox sait nous proposer un véritable gameplay qui se renouvelle tout au long de l’aventure, et représente, toute proportion gardée, un véritable challenge.
Darwin’s Paradox nous avait tapé dans l’œil lors de sa présentation. Et, excellente surprise, il a plus qu’une D.A. cartoon à nous proposer ! Au-delà de la mise en scène, c’est une vraie proposition de gameplay, bien plus riche que dans de nombreux cinematic platformer. Sa narration, si elle peut se révéler moins profonde que celle de certains classiques, reste en termes d’écriture et de cohérence bien meilleure que certaines publications récentes. Et puis, l’humour et le cartoon était déjà présents dans l’un des jeux fondateurs du genre, Oddworld: l’Odyssée d’Abe (on se souvient de la touche pour péter !), dont le héros, comme dans Darwin’s Paradox, était menacé de finir en conserve !
Ce test aura convoqué quelques grands noms du cinematic platformer, des grands noms du jeu vidéo tout court, même, et ce n’est pas un hasard…


