Alors que Resident Evil Requiem est imminent, une question fondamentale se pose : Capcom est-il en train de faire un bond en arrière ? On se souvient tous de Resident Evil 6 avec un diagnostic sans appel : tendre vers une expérience purement orientée action était une erreur majeure. C’est d’ailleurs suite à cet épisode que la licence a entamé une période plus discrète, marquée par des titres de moindre envergure avec notamment les épisodes Revelations. Il aura fallu attendre quelques années pour voir Resident Evil 7, avec sa vue à la première personne et son retour radical à l’horreur pure. Cet opus a su, malgré les débats sur sa caméra, retrouver l’ADN de la saga et recréer l’engouement autour de la franchise.
Dans la foulée, les remakes ont brillamment prouvé qu’il était possible de moderniser la licence tout en maîtrisant l’horreur des débuts. Pourtant, Resident Evil Village a fini par retomber dans certains travers : un monde semi-ouvert et un mélange d’action et d’horreur hybride, puisant une (grosse) inspiration dans le quatrième épisode qui profitera d’un remake peu après. Malgré le succès critique et commercial du septième opus, Capcom semble incapable de se défaire de ses vieux démons, peinant à proposer une identité constante d’un épisode à l’autre.
Ce neuvième volet, Requiem, en est la preuve flagrante. Plutôt que de fusionner les genres, Capcom choisit de les scinder en proposant deux protagonistes aux styles radicalement opposés : l’un pour l’action, l’autre pour l’horreur. Ce choix interroge sur la vision à long terme de l’éditeur. Dans une industrie du AAA obsédée par la rentabilité et l’élargissement du public, il est difficile de ne pas voir un aveu de faiblesse pour contenter tout le monde plutôt que d’assumer ses choix, comme ça l’avait été avec le septième épisode.
Les choix de caméra prouvent une fois de plus que Capcom veut à tout prix plaire plutôt que de s’assumer jusqu’au bout. C’est d’autant plus flagrant quand on voit que le passage entre la première et la troisième personne est clairement adapté à un personnage précis et pas l’inverse.
Une industrie qui comble tout le monde ?
Vouloir s’adresser au plus grand nombre n’est pas un défaut, à condition de maintenir une cohérence globale. Récemment, Assassin’s Creed Shadows a tenté cette approche avec son duo de protagonistes. La différence majeure avec Resident Evil Requiem réside dans la liberté : le titre laissait le choix au joueur la quasi-totalité du temps, une initiative pertinente pour satisfaire aussi bien les nostalgiques de l’infiltration que les amateurs d’action pure.
Cette flexibilité demande un travail colossal d’adaptation au niveau du level design, mais elle respecte l’autonomie du joueur à un prix parfois élevé pour les développeurs et la profondeur du gameplay. Des choix qui peuvent se révéler parfois fastidieux mais nécessaires.
La problématique est tout autre pour Resident Evil Requiem : ici, l’alternance semble imposée. Est-ce que les fans de survival horror et les mordus d’action sauront apprécier une expérience qui les oblige à subir un rythme non choisi ? Capcom semble encore se chercher pour la suite de sa saga et oblige le joueur à s’adapter à plusieurs ambiances plutôt qu’à assumer son action ou son horreur jusqu’au bout. Or, s’il est difficile de contenter tout le monde, il est encore plus dangereux de ne plaire à personne à force de compromis.
Face à une industrie AAA qui lisse ses propositions pour ne brusquer personne, les visions tranchées se font rares. C’est précisément ce qui explique l’intérêt croissant des joueurs pour la scène indépendante, bien plus prompte à prendre des risques. Le but n’est pas ici de fustiger les éditeurs, mais de souligner que la « réponse universelle » n’existe pas.
Pour que nos licences préférées continuent de nous faire rêver, elles doivent parfois oser diviser plutôt que de chercher à tout prix un juste milieu sans saveur. On espère que Resident Evil Requiem saura nous donner tort et que l’industrie réussira à assumer des choix radicaux pour nous faire vibrer, comme avec Resident Evil 7 qui avait surpris tout le monde par son changement.

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