Comme chaque année, le rapport annuel State of the Game Industry fait le point sur tout l’écosystème de l’industrie du jeu vidéo. Ce sont 2300 professionnels qui ont été interrogés pour représenter un large éventail de métiers et de structures. 62 % des participants travaillent pour un studio de développement, parmi lesquels 45 % sont dans une structure indépendante, 18 % dans un studio AA, et 31 % dans une entreprise AAA.
Sans grande surprise, les résultats mettent en avant les inquiétudes autour des licenciements, toujours plus nombreux depuis la sortie du COVID. L’I.A. générative est elle aussi au cœur de nombreuses interrogations, alors que la technologie semble devenir omniprésente dans les discussions et les pratiques.
Une industrie bien morose
Premier coup de massue : on apprend que 28 % des interrogés ont vécu un licenciement au cours des deux dernières années (le chiffre monte à 33 % quand on se concentre uniquement sur les États-Unis). Si cette statistique est déjà impressionnante en soi, elle l’est d’autant plus quand on la compare avec le rapport de l’année 2024, où elle ne concernait que 7 % des répondants !
Nombreux sont les travailleurs de l’industrie à être pessimistes quant à leur avenir. La cause principale de ces licenciements reste la restructuration, dans 43 % des cas, suivie de près par les coupes budgétaires et l’état du marché, qui représentent chacun 38 % des cas.
La récré semble définitivement terminée. 48 % de ceux qui ont été licenciés n’ont pas encore retrouvé d’emploi. Parmi les plus touchés, les game designers sont 20 % à avoir perdu leur poste, et les studios AAA sont les premiers à sacrifier leurs équipes, sous la pression des actionnaires qui exigent une rentabilité toujours plus rapide.
L’I.A., encore et toujours
Le spectre de l’I.A. hante évidemment les questions autour de l’industrie du jeu vidéo. Si le rapport ne corrèle pas son adoption massive à l’augmentation des licenciements, la simultanéité des deux phénomènes éveille la méfiance.
Cette année, 30 % des répondants travaillant en studio ont affirmé s’en servir régulièrement. Quand on regarde du côté des éditeurs et des équipes marketing, ce chiffre bondit à 54 % ! ChatGPT règne en maître, à 74 % contre les autres I.A. génératives, et est généralement utilisé pour brainstormer et concevoir des prototypes.
Alors que l’utilisation de cet outil se répand, c’est aussi son rejet qui augmente drastiquement. 18 % des participants estimaient que l’I.A. avait un impact négatif sur l’industrie lors du sondage de 2024, contre 52 % aujourd’hui ! Si une partie des interrogés acceptent de l’utiliser pour des tâches techniques et répétitives, ce sont tout de même 30 % d’entre eux qui disent la rejeter totalement, notamment à cause du risque de perdre des emplois.
En parallèle, des éditeurs comme Krafton revendiquent leur stratégie « A.I. First ». La crainte des travailleurs, déjà précarisés, face à une technologie qui pourrait les remplacer semble donc tristement légitime.
Les syndicats, un nouvel espoir ?
Que faire face à cette situation qui semble de plus en plus inextricable pour les travailleurs de l’industrie du jeu vidéo ? D’après les questions posées dans le sondage, le salut pourrait passer par l’action collective.
82 % des répondants disent soutenir la syndicalisation ! C’est la jeune génération qui se montre la plus enthousiaste, avec 100 % de plébiscite. Mais dans les faits, seuls 12 % des interrogés sont syndiqués (la question n’ayant été posée qu’aux travailleurs états-uniens), même si 62 % de ceux qui ne le sont pas encore aimeraient le devenir.
La crise actuelle semble alors pousser les travailleurs à la mobilisation politique. Reste à voir si cela sera effectivement synonyme de protection et de meilleures conditions pour eux, dans un pays où les offensives antisyndicales ne sont pas rares.

Ubisoft continue de réduire ses effectifs avec d’autres licenciements
Ninof

En 2025, les jeux indés dominent une industrie AAA en perdition
Poulet

broccomilie