L’un des derniers jeux de la regrettée Wii U à ne pas encore avoir connu les joies d’une réédition sur Switch vient de paraître. Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition, puisque c’est de lui qu’on parle, a acquis depuis sa sortie initiale en 2015 une réputation de vilain petit canard au sein d’une saga qui a atteint son apogée avec l’excellentissime Xenoblade Chronicles 3. Il nous était d’ailleurs tombé des mains à l’époque et nous étions donc à la fois curieux et craintif vis-à-vis de ce retour.
Car après tout, beaucoup d’éléments, en dehors du jeu en lui-même peuvent expliquer qu’on ne parvient pas à apprécier un titre. L’humeur du moment, la mauvaise approche de sa proposition, les sirènes d’un autre jeu plus attirant sur le moment, ou même simplement un désintérêt pour son univers, ses personnages ou son histoire. Toujours est-il que malgré ce statut de jeu à part dans l’univers Xenoblade, et aussi clivant soit-il, il est aussi considéré aujourd’hui comme culte (ce qui est souvent le cas des jeux aux propositions si tranchées).
Alors forcément, à l’occasion de la sortie de Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition ce 20 mars dernier, nous avons eu envie de retenter l’expérience, de découvrir pourquoi le jeu est autant apprécié par ses fans, envie aussi de nous laisser happer par l’univers conçu par Tetsuya Takahashi.
Mais la réalité nous a bien vite rattrapés et, bien que ce ne soit pas dans nos habitudes, il nous a été impossible de nous prendre au jeu et le titre nous a laissés sur le bord de la route, sans que nous ne puissions ni ne voulions continuer notre aventure à ses côtés. Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition n’est définitivement pas pour tout le monde.
(Test de Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition sur Nintendo Switch réalisé à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Une fabuleuse promesse
Pourtant, Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition a de beaux arguments à faire valoir et nous a même beaucoup plu dans dès ses premiers instants. Il nous propose une telle liberté d’exploration dans un univers gargantuesque où l’humanité, ou du moins ce qu’il en reste, a trouvé refuge et tente de s’adapter. En effet, à la suite d’un affrontement entre deux espèces extraterrestres, notre planète a été détruite et la plupart des vaisseaux de réfugiés tentant de s’en enfuir ont fini abattu durant la bataille.
Notre arche, « la Grande Blanche », pu atterrir en catastrophe sur Mira, une planète inconnue donc, et le BLADE, sorte d’organisation militaire constituée de plusieurs divisions distinctes et dont nous ferons rapidement partie, est chargée de permettre à ce qu’il reste de l’humanité de survivre et prospérer dans cet environnement inhospitalier. Ne s’agit-il pas là de la meilleure excuse pour nous pousser à explorer de fond en comble l’univers du jeu et finalement expérimenter précisément ce que nos avatars de pixels vivent ?
D’autant qu’au-delà de la taille du monde qui nous est offert, son exploration est particulièrement dynamique est plaisante. Aucun temps de chargement, ceux-ci étant même réduits au strict minimum pendant les téléportations, des plaines à perte de vue et une faune et une flore à découvrir qui nous ramène à nos plus belles découvertes d’un No Man’s Sky par exemple (toutes proportions gardées). Cela en est presque intimidant tant Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition nous offre une étendue si immense, avec tant de choses à collecter et dénicher, mais qu’est-ce qu’il est grisant.
On a toujours envie d’explorer un peu plus loin, de voir ce qui se cache derrière cette montagne, trouver des morceaux de notre arche ou des sites de minage qui permettent de récompenser notre curiosité. Un monde qui a d’ailleurs deux niveaux de lecture dans son approche. On le parcourt à pied, évidemment, mais on sent qu’il a aussi été conçu pour être parcouru à bord de son Skell, un Mécha que l’on débloque après quelques dizaines d’heures de jeu. De quoi redécouvrir Mira sous un nouvel angle.
Cette remasterisation est plutôt de bonne facture. Les environnements sont jolis et nous offrent une très grande profondeur de champ, même si, au vu de l’ambition de la proposition, on n’échappe pas à quelques défauts techniques tels que le clipping ou une fluidité qui peine par instants à tenir les trente images par seconde. Rien de bien méchant toutefois, surtout mis en parallèle avec ce monde et l’incroyable richesse qu’il recèle.
Ainsi, si Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition place l’exploration au centre de son socle ludique, son aspect narratif, quoi que plus en retrait que dans la trilogie « principale », n’est pas en reste. L’intrigue est intéressante et s’intègre parfaitement dans les envies qu’ont les développeurs de Monolith Soft de nous faire visiter leur monde et les personnages principaux rencontrés sont plaisant à découvrir. On n’échappe pas aux archétypes habituels des RPG japonais classiques, mais le côté sérieux de la trame et leurs places dans l’histoire les rendent à la fois attachants et crédibles.
Alors bien entendu, qui dit découverte d’un monde sauvage dit forcément affrontements. Dans ces contrées, dès le début de l’aventure, nous pouvons aussi bien tomber sur quelques moustiques pas bien dangereux que sur de gigantesques sortes de Diplodocus ou autres animaux sauvages d’un niveau bien trop monstrueux pour nos petites armes et nous attaquant à vue (ou à l’oreille). De quoi ajouter de la cohérence à ce monde qui n’est pas figé dans un carcan vidéoludique en plaçant ses monstres dans des zones de niveau qui aurait rendu le tout très artificiel. Ici, le danger rode à chaque coin de plaine et il n’est pas rare de tomber nez à nez avec une créature qui ne fera qu’une bouchée de nous et qu’on devra prendre le soin d’esquiver afin d’atteindre notre objectif.
Mais évidemment, la fuite n’est qu’une solution temporaire et on est amené à combattre un bestiaire étoffé et crédible. Reprenant le système des autres Xenoblade, On enchaîne les attaques automatiques et spéciales, en prenant soin de correctement nous placer (derrière ou sur le flanc de l’ennemi par exemple) afin de gagner en efficacité, l’idée principale étant d’alterner entre nos attaques à distance par arme à feu et le corps à corps afin de détruire les différentes parties de l’adversaires et en récupérer ses ressources uniques.
Régulièrement, afin de casser la monotonie de combats parfois intéressants mais souvent répétitifs, puisqu’on produira globalement les mêmes séquences d’arts pour, par exemple, faire chuter notre adversaire et optimiser nos dégâts, il faudra avoir le bon réflexe et réussir le QTE qui apparaitra à l’écran, nous octroyant alors divers bonus tels que de la récupération de santé. Un indispensable pour surmonter les combats les plus complexes, où plusieurs ennemis agressifs se joignent à une fête qui n’était qu’entre un monstre et nous. Bref, tout pourrait être (presque) parfait dans le meilleur des monde…
Mais un fabuleux gâchis
Car, malgré d’aussi formidables qualités, nous en sommes finalement venus à presque détester Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition. On peut parfois s’accommoder de quelques défauts sur un jeu, oublier ses problèmes pour apprécier et profiter de ses qualités, mais ici, les frustrations engendrées par la structure même du jeu ont été tellement énormes qu’elles ont ruiné tout notre enthousiasme initial. Et dire que tout aurait pu être corrigé dans le cadre de cette remasterisation.
Nous l’avons évoqué précédemment, mais le titre de Monolith Soft dispose d’un contenu gargantuesque. C’est l’opulence la plus totale et on est amené à remplir des centaines de quêtes malheureusement toutes plus inutiles les unes que les autres, à base principalement d’objectifs Fedex. Un concept tiré des MMORPG dont le titre s’inspire beaucoup mais qui a le défaut de hacher le rythme de l’aventure pour nous gaver comme une oie avant l’abattage.
Alors si ce contenu annexe était vraiment annexe, cela poserait moins de problèmes et on passerait notre chemin, ne papillonnant sur quelques quêtes qu’au gré de nos promenades, mais le titre nous oblige à en passer par là, régissant même la progression de son histoire à, notamment, l’atteinte d’un niveau minimum. Mais quelle idée absurde ! Pourquoi autant prôner la liberté et la découverte et mettre une barrière aussi artificielle ? Surtout quand le moyen le plus efficace de franchir cette barrière est de s’infliger un contenu aussi insipide.
Alors, toutes les quêtes ne sont pas à jeter, et il reste notamment les quêtes d’entente qui nous permettent d’en apprendre plus sur nos compagnons et d’entretenir nos relations avec eux. Mais même là, Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition a mis au supplice notre patience. Non pas que ce soit inintéressant, mais l’impossibilité d’abandonner ou suspendre cette quête et d’en accepter une autre du même genre (ou pire, une quête principale) tant que nous ne l’avons pas terminée est un autre point rédhibitoire selon nous.
Pour donner un exemple concret, une quête d’entente nous a demandé d’obtenir divers objets pour faire avancer sa trame. Les objectifs sont bien marqués sur la carte et, s’il n’a pas toujours été simple de trouver ce qu’on nous demandait, nous avons réussi à remplir la plupart des objectifs affichés. Sauf qu’il nous en restait un qui allait nous bloquer des heures durant. Nous bloquer déjà parce qu’il était extrêmement mal expliqué, mais aussi parce qu’il reposait sur notre capacité à traverser une zone d’un niveau supérieur au notre (alors même que nous avions le niveau requis) pour y placer une mine qui, à intervalle de temps réel défini, pouvait éventuellement nous fournir un exemplaire de l’objet tant convoité.
On touche d’ailleurs là à l’un des derniers points qui selon nous gâche complètement l’expérience et qui est finalement en lien avec les problèmes de rythme et de clarté évoqués précédemment, à savoir ses tutoriels. Ah ça, le jeu a beaucoup de choses à nous expliquer ! Il faut dire que le titre est d’une très grande richesse, mais aussi d’une austérité sans pareil, et il a l’art et la manière d’expliquer ses mécaniques. Inutile de prendre des gants, sur cet aspect, Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition est un ratage complet, une faillite comme rarement nous en avons vu.
Nous sommes noyés sous des écrans et des écrans d’explications. Dès le début de l’aventure, il n’est pas rare que le jeu enchaîne cinq ou six tutoriels censés nous expliquer les rudiments de ses systèmes, mais sans application concrète sur le moment, et devant la quantité d’aspects introduits, on peut très vite être assommé par tous écrans successifs. Il n’y a vraiment rien de pire pour que nous n’apprenions rien au final. D’autant qu’avec une interface aussi austère et, déjà qu’on a bien du mal à se rappeler ce qu’on nous a maladroitement expliqué dans le dix-septième écran de tutoriel des premières heures, il s’avère tout aussi compliqué d’en retrouver les propos dans l’un des nombreux sous-menus disponible.
Déjà que le jeu est loin d’être simple à appréhender, on a l’impression que le titre se tire une balle dans le pied (ou plutôt dans le notre tant cela nous a ralenti dans notre progression). Et encore, dans notre cas, nous avons une certaine expérience dans la saga, mais nous n’imaginons pas ce que pourra ressentir un nouveau venu qui pourrait se laisser tenter par Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition.
Vous l’avez compris, nous ne sommes, une nouvelle fois, pas parvenu à adhérer à la proposition de Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition, bloquant après une grosse vingtaine d’heures environ. L’introduction, certains pourrait arguer, et ils n’auraient sans doute pas tort, mais on ne peut contrôler son amour. Le titre est pourtant une incroyable promesse. L’exploration est exceptionnelle, qu’on pourrait aisément comparer à celle de Zelda: Breath of the Wild et l’ensemble est d’une richesse incroyable. Du contenu à s’en faire vomir, des personnages attachants, une intrigue et un univers passionnants et, pour peu que l’on accroche à l’œuvre, il y a de quoi y passer des dizaines d’heures à gambader et combattre dans ce stupéfiant monde.
Mais voilà, Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition est un jeu particulièrement clivant, et nous nous sommes hélas retrouvé du mauvais côté de la barrière. Entre l’austérité de l’ensemble, les problèmes de rythme, en partie dus à des objectifs insipides qu’on est obligé d’accomplir pour débloquer l’avancée de l’histoire, les tutoriels à rallonge nous ayant assommé plus qu’autre chose ou les problèmes structurels qui n’ont pas été corrigé par rapport à la version initiale (l’abandon d’une quête d’entente notamment), nous avons subi, et le mot est faible, nos sessions de jeu.
Alors, nous avons bien conscience d’être passé à côté de l’expérience, comme il est possible de passer à côté d’autres titres clivants, jusqu’au-boutistes, tels que Death Stranding ou Dragon’s Dogma 2 par exemple. Nul doute qu’en passant cette lourde barrière à l’entrée (comprenez par-là a minima les 20 à 30 premières heures de jeu), Xenoblade Chronicles X: Definitive Edition délivrerait au joueur son nectar. Dommage, car nous aurions tellement aimé l’aimer…