À l’heure où les compilations rétro et les collections dites best-of se multiplient, difficile de se démarquer. Avec Marvel MaXimum Collection, l’objectif est clair : rassembler plusieurs titres emblématiques sous une même bannière et offrir une porte d’entrée accessible à un catalogue qui, pour certains joueurs, n’était plus si simple à approcher.
Sur le papier, la promesse est séduisante. Mais une fois la manette en main, l’expérience oscille entre plaisir immédiat et sensation désagréable de déjà-vu.
(Test de Marvel MaXimum Collection réalisé sur Nintendo Switch à partir d’une copie fournie par l’éditeur)
Une capsule temporelle des années Marvel pré-MCU
Avant d’entrer dans le détail technique, il faut comprendre ce que propose réellement cette collection : un retour à une époque à laquelle Marvel n’avait pas encore standardisé son image.
Le cœur de l’expérience repose sur X-Men: The Arcade Game, sans doute le titre le plus emblématique du lot. Pensé pour être joué à plusieurs, le beat’em up de Konami reste aujourd’hui encore un modèle d’efficacité : lisibilité parfaite, rythme constant, coups spéciaux spectaculaires. C’est le jeu qui donne immédiatement le sourire et celui qui justifie presque à lui seul l’existence de cette compilation.
À ses côtés, Captain America and the Avengers joue une partition similaire, mais avec moins de finesse. Les sensations sont plus lourdes, le level design plus inégal, et les différentes versions proposées (notamment consoles) accentuent ces écarts. Intéressant pour la comparaison, moins pour y revenir longtemps.
La collection consacre une large place à Spider-Man, avec plusieurs adaptations issues de l’arc Maximum Carnage. Spider-Man & Venom: Maximum Carnage reste aujourd’hui une curiosité attachante. Sa direction artistique, très fidèle aux comics, fonctionne toujours aussi bien, tout comme son ambiance sonore. Mais manette en main, le constat est plus nuancé : les combats manquent de profondeur, les ennemis sont répétitifs et la progression finit par tourner en rond.
Sa suite, Separation Anxiety, tente d’en faire plus, avec plus d’ennemis, plus d’effets, plus de chaos, mais perd au passage en lisibilité. Là où Maximum Carnage parvenait à garder un certain équilibre, cette suite donne parfois l’impression d’un jeu qui s’emballe sans vraiment se maitriser.
Enfin, Spider-Man/X-Men: Arcade’s Revenge tranche avec le reste. Plateformes, séquences spécifiques à chaque personnage, difficulté élevée… le jeu a des idées, mais reste aujourd’hui l’un des plus rugueux de la compilation. À l’époque déjà, il divisait, aujourd’hui il demande une vraie patience.
Impossible de parler de cette collection sans évoquer, enfin, Silver Surfer sur NES. Longtemps considéré comme l’un des jeux les plus difficiles de son époque, il retrouve ici une seconde vie.
Et c’est précisément grâce aux ajouts modernes que le regard change. Là où le jeu pouvait sembler injuste à sa sortie, les fonctions de rewind et de sauvegarde instantanée permettent enfin d’en comprendre les mécaniques. On découvre alors un shoot’em up exigeant, certes, mais pas dénué de qualités.
Un travail d’édition sérieux, mais sans prise de risque
Côté portage, Marvel MaXimum Collection s’inscrit dans la lignée des compilations modernes « classiques ». On retrouve les indispensables : sauvegarde rapide, fonction rewind, filtres visuels, différentes versions régionales, galerie/musée avec documents d’époque…
Le tout est bien intégré, fluide, et permet d’adapter l’expérience selon ses attentes. Jouer à Maximum Carnage avec un filtre CRT ou lisser les pixels de de X-Men Arcade reste un choix laissé au joueur, et c’est une bonne chose. Mais difficile de ne pas noter un certain manque d’ambition. Pas de refonte d’interface marquante, peu d’options d’accessibilité avancées, et surtout aucun vrai travail de modernisation des jeux eux-mêmes.
Le cas de X-Men: The Arcade Game fait figure d’exception grâce à son multijoueur en ligne, qui redonne du sens à son ADN coopératif. Pour le reste, on est davantage dans la conservation que dans la réinterprétation. On navigue ainsi dans une époque où chaque jeu Marvel tentait quelque chose, parfois avec succès, parfois non. Une période d’expérimentation permanente, bien loin des productions calibrées d’aujourd’hui.
Marvel MaXimum Collection est moins une compilation qu’un document interactif. Elle ne cherche pas à moderniser ces jeux, mais à les rendre accessibles dans de bonnes conditions. Tout n’a pas bien vieilli, et certains titres restent difficiles à apprécier sans un minimum de recul, mais l’ensemble dégage une vraie valeur.
Côté durée de vie, l’approche est forcément particulière. On n’est pas face à un jeu « long » au sens moderne du terme, mais plutôt à une addition de formats courts. La plupart des titres peuvent être bouclés en une à deux heures chacun, parfois moins avec les options modernes. Ces dernières en atténuent d’ailleurs une partie de la tension et du défi qui faisaient leur identité à l’époque, mais leur intérêt repose aujourd’hui surtout sur leur rejouabilité, leur scoring, ou le plaisir d’y revenir ponctuellement.
La compilation aligne plusieurs versions de ces jeux, ce qui allonge artificiellement le contenu, mais c’est surtout la curiosité et la nostalgie qui dictent le temps passé dessus. Ce n’est pas une collection pour tout le monde. Mais pour qui s’intéresse à l’histoire du jeu vidéo, et à celle de Marvel, c’est une plongée aussi imparfaite que fascinante dans une époque où tout restait à inventer.


