En pleins JO d’hiver, c’est une déclinaison sportive plutôt estivale qui débarque sur nos consoles avec le nouvel opus de la célèbre saga tennistique : Mario Tennis Fever. Huit ans après le réussi Mario Tennis Aces, Camelot Softwares a fort à faire pour livrer un épisode de la même trempe. Si le contrat est globalement rempli, la température ressentie s’apparente davantage à une légère chaleur tropicale qu’à une véritable fièvre.
(Test de Mario Tennis Fever sur Switch 2 réalisé à partir d’une copie fournie par l’éditeur)
Fini les raquettes qui se brisent, place aux raquettes frénétiques
La mécanique centrale de cet opus, largement mise en avant lors de la promotion du jeu, repose sur la raquette frénétique. Concrètement, le titre propose plus de 30 raquettes différentes, chacune possédant un effet spécifique pour s’adapter à votre style. L’une transformera une partie du terrain en patinoire, une autre fera apparaître un double de vous-même (transformant un match classique en 2 contre 1), tandis qu’une troisième sèmera des peaux de banane sur le court.
Pour activer ces capacités, il faut déclencher une frappe frénétique en chargeant une jauge d’énergie. Celle-ci se remplit rapidement, permettant de lancer ces attaques dévastatrices quasiment tous les deux points. Toutefois, déclencher cette frappe ne garantit pas la réussite de votre effet. Lorsque la capacité cible le terrain (comme la zone de glace), elle s’activera à l’endroit exact où la balle rebondira. Une frappe frénétique donne alors lieu à un échange de volées intense : l’objectif est de forcer la balle à retomber du côté adverse. Si vous perdez ce duel, c’est votre propre moitié de terrain qui subira le malus.
Une fois la zone posée, elle modifie les déplacements du joueur adverse et draine ses points de vie. Lorsque la jauge de PV est vide, le personnage entre en état de « récupération » et se déplace au ralenti. En double, la sanction est encore plus sévère : le joueur épuisé est expulsé du court pendant 10 secondes, créant une situation temporaire de 2 contre 1. Ces frappes sont donc la clé de voûte de chaque match.
Le problème, c’est que ces effets durent longtemps. Il est fréquent que la jauge d’énergie soit de nouveau pleine avant même que la zone précédente n’ait disparu. De plus, toutes les raquettes ne se valent pas : certaines possèdent des effets instantanés qui s’appliquent sans passer par la bataille de volées, comme la raquette fantôme qui rend la balle invisible à l’impact. Ces raquettes n’infligent pas de perte de PV à l’adversaire, mais cela n’empêche pas de sentir un déséquilibre, creusant un écart surprenant entre les différents équipements.
L’attaque prend le pas sur la défense
C’est ici que réside le principal défaut de Mario Tennis Fever : l’absence cruelle d’options défensives. Dans Aces, un bon timing permettait de contrer parfaitement une frappe spéciale et de reprendre l’échange. Ici, il s’agit d’une simple bataille de volées jusqu’à ce qu’un joueur craque. Même l’utilisation d’une frappe frénétique en réponse s’avère inutile, puisque le personnage doit attendre un rebond pour l’exécuter, subissant inévitablement l’effet de la première attaque. Le gameplay perd en profondeur technique ce qu’il gagne en chaos.
Un casting vertigineux pour un multijoueur décomplexé
L’un des reproches faits à Aces à son lancement était son casting initial réduit à 16 personnages. Fever fait l’exact opposé et donne le tournis avec pas moins de 38 personnages au compteur (dont 18 jouables d’emblée). Combiné à la trentaine de raquettes, le nombre de synergies possibles est astronomique.
C’est d’ailleurs à plusieurs que le titre révèle son véritable potentiel. Si le mode en ligne (classé et libre) est fonctionnel et complet, ce feeling très arcade et le manque de profondeur défensive n’incitent pas à l’investissement compétitif à long terme. En revanche, en multijoueur local, le titre montre son plein potentiel.
Au casting gargantuesque s’ajoutent des revêtements de terrain aux propriétés redoutables. Au-delà des classiques terre battue, dur et gazon, on s’écharpe sur des terrains gelés, vêtus d’une moquette, ou infestés de Plantes Piranhas qui agrandissent le court adverse à chaque coup qu’on leur envoie. Tout est pensé pour que les échanges soient chaotiques et imprévisibles. En soirée entre amis, l’ambiance n’a rien à envier aux meilleures sessions de Mario Kart.
Une aventure solo sans intérêt, un contenu très généreux
Mario Tennis Fever n’oublie pas les solitaires et propose un mode aventure scénarisé. À la recherche d’un fruit magique pour soigner Daisy, Mario, Luigi, Wario et Waluigi se retrouvent transformés en bébés. Renvoyés à l’académie de tennis pour retrouver leurs forces, ils devront ensuite parcourir le monde pour vaincre le monstre responsable de leur malédiction.
Malheureusement, ce scénario sert surtout de prétexte à un tutoriel géant qui s’étire sur la moitié de l’aventure, avant d’enchaîner des mini-jeux répétitifs hachés par des dialogues interminables. Comptez environ 3h30 pour en voir le bout, dont une bonne moitié passée à lire des textes peu passionnants, avant de passer au reste du contenu.
Heureusement, ledit contenu compense largement. Entre les tournois, le multijoueur local, les mini-jeux et le mode en ligne, il y a de quoi faire. Mention spéciale aux « Tours d’épreuves », un excellent mode solo dans lequel le joueur, doté de trois vies, doit enchaîner 10 défis variés (mini-matchs, cibles à viser, etc.) avant d’affronter un boss final.
Le mode utilisant la détection de mouvements des Joy-con est d’ailleurs grandement amélioré par rapport à Aces ; il est désormais beaucoup plus difficile d’envoyer ses frappes en dehors du court. On s’amuse alors à plusieurs comme sur un Wii Sports amélioré. Notez toutefois que toutes les raquettes frénétiques ne sont pas disponibles dans ce mode : seules celles n’ayant pas d’effet de zone sont conservées pour ne pas entrer en conflit avec le déplacement automatique des personnages.
Un ace technique
Tout comme pour son prédécesseur, Camelot a soigné sa copie technique. Fort d’un 60 fps constant, le jeu est un régal visuel qui met parfaitement en valeur les capacités de la Switch 2. Les effets de lumière sont superbes, les couleurs des courts explosent à l’écran, et les deux cinématiques du mode aventure sont si belles qu’on regrette de ne pas en voir davantage. La bande-son, bien que de qualité, s’avère plus anecdotique et accompagne l’action sans la transcender.
Enfin, dernier ajout « gadget » : la fleur cancan de Super Mario Bros. Wonder s’invite comme commentatrice des matchs. Une idée amusante sur le papier qui devient vite insupportable. Ses interventions, très répétitives, déconcentrent et masquent les précieux indices sonores des frappes. Une option bien dispensable.
Mario Tennis Fever peine à renouveler la ferveur compétitive de son aîné, mais compense par une générosité assumée. Avec son roster vertigineux et sa technique irréprochable, il s’impose comme un bon party-game de salon. Les puristes en quête d’un gameplay « easy to learn, hard to master » regretteront amèrement la disparition des contres et le manque de profondeur défensive, ce qui risque de déserter rapidement les serveurs en ligne.
Pour les soirées canapé, le chaos des raquettes frénétiques garantit des fous rires immédiats. Un bon jeu multijoueur, mais un recul tactique évident vis-à-vis d’Aces, qui n’a pas forcément l’aura d’un Mario Kart ou d’un Mario Party, plus réputés parmi les jeux à multijoueur local.


