Qu’il est complexe de rédiger un test pour un jeu comme Highguard. D’une part, il faut être capable de mettre de côté la première mauvaise impression que nous a laissée le titre lors des Game Awards, de l’autre, il faut aussi le juger pour ce qu’il est réellement tout en évitant de se faire influencer par les retours des joueurs qui oscillent entre review bombing irréfléchi et avis dithyrambiques tout aussi déconstruits.
De fait, le protégé de Geoff Keighley s’est retrouvé sous le feu des projecteurs et a enflammé les discussions à son sujet. Wildlight Entertainment de son côté a fait le choix de ne pas communiquer sur son jeu avant la sortie, le 26 janvier, et a complètement ignoré les critiques. Si le jeu s’offre quelques fulgurances lors des Batailles de Siège, le reste nous laisse sceptiques sur la direction que souhaitent lui donner ses créateurs.
(Test de Highguard réalisé sur PC via une version commerciale)
Un jeu compétitif qui oublie les bases
L’aspect technique d’un jeu multijoueur compétitif se doit d’être irréprochable dès la sortie afin que tous les joueurs soient sur le même pied d’égalité. Highguard n’a visiblement pas reçu ce mémo. Malgré trois mises à jour en trois jours, le constat est sans appel : sur un PC portable équipé d’une RTX 4060, comptez 70 FPS en 1080p avec tout au minimum et une échelle de rendu à 50 %. Sur une RTX 4090, à peine 90 FPS en 4K paramètres moyens. Le problème, ce n’est pas tant ces chiffres que leur instabilité : chutes à 40-50 FPS lors des affrontements, stuttering permanent, désynchronisations serveur. Vous mourrez souvent en ayant pourtant atteint votre couvert. Rageant.
La direction artistique n’arrange rien. Le jeu oscille entre Apex Legends, Fortnite et Borderlands sans jamais trancher entre univers fantaisiste, réaliste ou cartoon. Ce mélange hétéroclite, porté par un Unreal Engine 5.3 visiblement mal optimisé, produit une bouillie visuelle où il faut plisser les yeux pour distinguer un ennemi à moyenne distance.
Pour couronner le tout, Highguard ne donne aucun outil aux joueurs pour comprendre leurs erreurs. Pas de données sur les dégâts reçus ou infligés, pas d’informations sur les armes, des descriptions de compétences qui semblent traduites par IA sans relecture. Et cerise sur le gâteau pour des « experts » du FPS : l’offset de certaines armes est mal calibré, vos tirs touchant légèrement à côté du réticule.
Un gameplay en quête d’identité
Le jeu se déroule en trois phases : préparation des défenses, recherche de loot, puis Bataille de Siège. Sur le papier, le mélange est intéressant. En pratique, c’est une autre histoire. La préparation s’inspire de Rainbow Six Siege : vous renforcez jusqu’à cinq murs autour de nœuds que l’équipe adverse cherchera à détruire. L’idée est sympathique lors des premières parties, avant de réaliser qu’elle est quasi inutile face à des Gardiens capables de pulvériser n’importe quel mur avec leurs compétences ou un simple lance-roquettes.
La phase de loot, elle, ressemble à n’importe quel battle royale du marché. Problème : les cartes oscillent entre taille moyenne et grande de Battlefield pour des matchs en 3 contre 3. Résultat, aucune tension. Vous parcourez des étendues vides en cassant des cristaux en rythme pour accumuler une monnaie à dépenser chez le marchand, sans jamais croiser d’adversaires avant l’apparition du Brise-Tempête, l’épée qui déclenche le siège. Le loot lui-même est verrouillé par cycles : équipement bleu au premier, meilleur au suivant si personne n’a gagné. Les largages aériens ne valent pas le détour tant l’équilibrage des armes est bancal.
Les Batailles de Siège, seul éclat du jeu
C’est ici, dans ces assauts inspirés de Rust, que Highguard trouve enfin son rythme. Une fois le dôme de la base brisé par le bélier, les attaquants peuvent détruire les nœuds secondaires pour infliger des dégâts ou foncer sur la Pierre d’Ancrage pour une victoire immédiate.
Les huit Gardiens offrent alors un vrai potentiel de synergies. Mara lance des orbes d’armure et peut créer un point de réapparition pour son équipe. Redmane, sorte de druide bestial, effectue des sauts dévastateurs et son ultime pulvérise tous les murs alentour tandis que Kai peut créer des murs de glace pour bloquer la progression adverse. Avec des amis, ces combinaisons fonctionnent. En solo, c’est le chaos : les indications visuelles sont peu claires, la roue de commandes insuffisante, et contrairement à Overwatch où chaque compétence possède un feedback sonore et visuel distinctif, ici on se perd dans un tourbillon d’effets qui fait en prime chuter les sacro-saints FPS.
Un arsenal et une progression insipide
Des dieux qui s’affrontent avec des simili-AK-47 et des Vector : voilà le paradoxe de Highguard. L’arsenal fait le minimum syndical, les sensations de tir sont moyennes, et aucune arme n’est mémorable. Pire, l’équilibrage est à revoir : le fusil à pompe se montre bien trop polyvalent, tandis que le Paladin, fusil d’assaut lourd, ne laisse aucune chance à l’adversaire quelle que soit la distance.
Highguard est gratuit, certes. Mais qu’est-ce qui pousse à y revenir ? Rien. La courbe d’apprentissage est aussi plate que l’électrocardiogramme d’un défunt. Un système de loot inutile, pas de niveaux, pas de progression. Vos seules récompenses : la victoire et des devises pour acheter des skins au goût discutable. Pour un jeu compétitif qui espère fidéliser sa communauté, l’absence totale de carotte et de contexte est un problème majeur.
Nous ne pouvons pas dire que nous avons été déçus par Highguard puisque nous n’en attendions rien. Le jeu est capable de briller lors des Batailles de Siège, où la tension et l’aspect compétitif atteignent leur comble. Mais pour y arriver, il faut endurer des performances désastreuses, une direction artistique incohérente, des cartes surdimensionnées et un arsenal fade. On a la constante impression d’avoir affaire à un titre qui cherche à plaire en piochant chez Rainbow Six Siege, Overwatch, Rust et Counter-Strike, sans jamais exceller nulle part.
Wildlight Entertainment semble confiant et a déjà présenté une feuille de route sur l’année. Les joueurs, eux, ont tranché : selon les données Steam, leur nombre a diminué de 92% en quatre jours. Notre avis est donc clair : les rares fulgurances qu’offre Highguard nous interdisent de vous le conseiller. Mais puisqu’il est gratuit, libre à vous de vous faire votre propre opinion. Geoff Keighley devra donc attendre s’il souhaite des excuses — mais il est le bienvenu s’il souhaite nous en présenter.


