Alors que le monde s’extasie sur des Crimson Desert, Resident Evil Requiem et autres Pokopia, les développeurs indépendants sont aussi à pied d’œuvre pour se faire une place dans les paniers d’achats des joueurs avides d’expériences plus modestes. C’est notamment le cas du studio Hyde à qui l’on doit notamment Tamagotchi Plaza, Digimon Survive ou le dernier Everybody’s Golf Hot Shot et qui, à nouveau, change d’univers en nous proposant Ariana and The Elder Codex.
Un jeu qui nous a tapé dans l’œil dès ses premières présentations, et malgré le pédigrée du studio qui nous habitue plutôt à des expériences moyennes, nous voulions croire en sa rédemption. Disponible ce 24 mars sur PS4, PS5 et Switch (et le mois prochain sur PC), Ariana and The Elder Codex se contente-t-il seulement de proposer un joli visuel ou parvient-il à mêler le fond et la forme pour enfin permettre au studio de signer un jeu référence ?
(Test de Ariana and The Elder Codex réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Sois beau et tais-toi
On dit souvent qu’on ne doit pas juger un livre à sa couverture. Pourtant, quelle belle couverture nous offre là Ariana and The Elder Codex ! Nous l’avons dit en préambule, c’est véritablement la plastique du jeu de Hyde qui nous a invité à nous y plonger. Et sur ce point, le titre nous a bien donné ce que l’on attendait. On nous propose là une très jolie 2D, que ce soit dans la bibliothèque qui nous sert de hub ou dans les différents niveaux à explorer au fil de l’aventure.
Mieux encore, les portraits des personnages avec qui on engage la conversation sont tout simplement somptueux. Cela n’a peut-être l’air de rien, ou d’un simple détail dans un grand tout, mais ces magnifiques illustrations offrent un certain cachet à l’expérience et nous permettent de nous attacher bien plus facilement aux différents protagonistes de l’histoire. Cela a permis, au moins un temps, de nous intéresser à ce qui se passe dans cet univers.
Le pitch est simple, presque un prétexte à notre aventure. Les sept codex des héros ont été altérés. Sans ces livres, le monde perd toute sa magie. Par chance, Ariana, jeune bibliothécaire, dispose des capacités nécessaires pour investir l’histoire de ces ouvrages magiques et les réparer de l’intérieur. C’est ainsi que la jeune héroïne va pouvoir acquérir les pouvoirs de ces livres et les utiliser afin d’en restaurer leurs magies.
Ainsi, au-delà de son histoire globale, nous allons découvrir les intrigues des différents codex, permettant de comprendre de quelle manière les choses ont dérapé au sein de ceux-ci et pouvoir rétablir leurs conclusions. En fallait-il plus ? Sans doute pas. Pourtant, les développeurs ont fait le choix d’approfondir beaucoup, beaucoup, la narration de leur jeu, tuant ainsi tout le rythme de l’aventure.
De fait, le titre enchaîne les dialogues à rallonge, nous rendant inactif pendant de trop longues minutes, pour tenter de donner de l’épaisseur au scénario. Mais si au moins l’ensemble était intéressant, pourquoi pas, mais là, Ariana and The Elder Codex devient, dès qu’il commence à vouloir nous raconter son histoire, d’un ennui mortel. Un sentiment renforcé par l’absence de traduction du jeu.
C’est dommage car l’univers du jeu est sympathique et plutôt original, avec des concepts méta qui auraient pu être mis en place, des impacts possibles entre les différents codex et la réalité du jeu, voire même des choix qui auraient pu être incorporés et conduire à une plus grande richesse sans pour autant demander un investissement important. Mais non. Ariana and The Elder Codex n’a pas grand-chose à raconter, et en fait quand même des caisses histoire de cacher qu’il sonne si creux.
Tourner la page
Pourtant, quand il s’agit de nous faire jouer, Ariana and The Elder Codex à de solides arguments à faire valoir. En nous proposant une trentaine de sorts à maîtriser, il y a une certaine richesse dans son gameplay. Et il faut bien admettre que quand il s’agit d’occire tous ces monstres, on s’est bien amusé. Certes, c’est bourrin, et parfois, avec tous les effets de nos sorts et ceux des ennemis, on se perd de vue, mais il n’empêche qu’on y prend un certain plaisir.
On se prend même au jeu de l’exploration des niveaux, afin d’y dénicher des trésors, lesquels renferment des objets bien utiles pour nous fabriquer de l’équipement, ainsi que des failles à refermer. Concrètement, il s’agit d’arènes de combat où l’on doit tuer un nombre défini de monstres en un temps limité afin obtenir le meilleur rang possible. Il existe aussi quelques courses par-ci par-là, mais on a globalement fait le tour de ce que les niveaux ont à nous proposer.
Vous l’aurez compris, on reste là sur une formule basique de de jeu d’action 2D avec quelques mécaniques de light RPG (tuez des monstres octroyant de l’expérience et permettant de monter de niveau). Et si nous n’aurions pas dit non à un level design un peu mieux travaillé ou à quelques défis supplémentaires, nous n’espérions pas beaucoup plus du jeu.
En effet, quand on y regarde de plus près, on ne peut pas dire que l’ensemble soit particulièrement remarquable. Pire, si on s’en tient à son bestiaire, par exemple, Ariana and The Elder Codex est d’une grande pauvreté. C’est bien beau de nous proposer de l’action 2D dynamique, mais si c’est pour nous faire combattre la même demi-douzaine de monstres en continu dont seule la couleur (et donc l’élément) varie au fil du jeu, ce n’est pas bien intéressant.
Néanmoins, s’il ne s’agissait que de cela, ce ne serait pas bien grave, d’autant que le jeu n’est pas très long (une grosse dizaine d’heures) et qu’il propose quelques boss, quoique faciles, plutôt satisfaisants. Non, le véritable problème se situe dans son dernier tiers. Dès que l’on passe sur les derniers tomes à réparer, on a l’impression que le studio a perdu toute mesure, tout semblant de raison dans sa volonté de nous mettre des bâtons dans les roues.
Cela vous est peut-être déjà arrivé d’ailleurs. Alors que vous appréciez les moments passés sur un jeu, arrive un stade où celui-ci devient tellement mauvais qu’il éclipse toutes les bonnes heures passées jusque-là. Ariana and The Elder Codex, sur ses derniers chapitres, est entré dans cette catégorie de jeu. Les combats deviennent de plus en plus brouillons et les boss peuvent être qualifiés d’affreux, mettant en exergue les problèmes de précision, lisibilité et design. Quand le sort le plus indispensable est celui de soin, à dégainer presque en permanence, c’est qu’il y a un problème.
Alors que nous n’en attendions pas monts et merveilles, Ariana and The Elder Codex est quand même une réelle déception. Il est une nouvelle preuve qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture et qu’une direction artistique magnifique, et on peut insister là-dessus, ne fait pas un bon jeu vidéo.
Car Ariana and The Elder Codex est profondément une expérience basique, voire même creuse, à l’image de sa bande sonore qui semble tirée d’une bibliothèque de musiques d’ambiance libres de droit. Il est d’un ennui redoutable quand il tente d’offrir de la profondeur à son histoire ou ses personnages, et malgré un gameplay simple mais solide, arrive à gâcher les bon moments passés manette en main sur son horrible dernier tiers. Alors il est amusant, pendant un temps du moins, mais on en ressort finalement comme on y est entré, avec en plus un léger sentiment d’inachevé et de gâchis.


