Connu mondialement pour de sompteuses directions artistiques de titres comme Granblue Fantasy Versus ou le phénomène Uma Musume: Pretty Derby, Cygames jouit d’une réputation d’excellence visuelle. Pourtant, cette image d’artisanat haut de gamme a vacillé durant ces derniers jours.
L’éditeur japonais a annoncé la création d’une toute nouvelle division nommée Cygames AI Studio. Une initiative visant à placer l’intelligence artificielle (encore et toujours l’IA…) au cœur de la production, qui a immédiatement déclenché une levée de boucliers massive, obligeant l’entreprise à publier un mea culpa assez précipité.
Une tentative d’industrialiser l’art
L’intention de Cygames ne laisse que peu de place au doute. Comme en témoigne la page de recrutement de cette nouvelle filiale, l’objectif est clair : la rationalisation. Le studio recherche activement des profils pointus, comme un spécialiste en génération d’image, un spécialiste des LLM, ainsi qu’un ingénieur dédié à la création de modèles propriétaires.
Le but ? Créer un modèle IA spécialement conçu pour des jeux et des animations, en se basant sur les précédentes productions. En d’autres termes : ingérer des milliers d’illustrations humaines existantes pour entraîner une machine capable de reproduire le style Cygames à la chaîne. La communication officielle tente d’enrober cette pilule amère :
« Cygames AI Studio fournit la technologie et les systèmes nécessaires à une utilisation sûre, sécurisée et efficace de l’IA, soutenant les créateurs dans leurs projets et faisant progresser l’industrie du jeu vidéo grâce à de nouvelles expériences. »
L’objectif est simple : profiter de l’IA pour produire plus, plus vite, et moins cher, au détriment de l’humain.
Un tollé médiatique
Si l’annonce a choqué, c’est qu’au-delà d’assumer si frontalement l’usage de l’IA, Cygames est surtout reconnu pour ses directions artistiques très personnelles et sa patte unique. L’idée que les prochains jeux sortent tout droit d’une IA qui se contentera de réadapter les œuvres existantes plutôt que d’assumer un nouveau style déçoit fortement.
Le tollé qui a suivi était prévisible. L’IA soulève des questions éthiques majeures sur le droit d’auteur, la dévalorisation du travail humain et la standardisation visuelle. De plus, dans un contexte mondial marqué par des vagues de licenciements massifs au profit de l’automatisation, la création d’une structure dédiée à l’IA envoie un signal anxiogène aux employés actuels du groupe : la machine est-elle là pour les aider, ou pour les remplacer à terme ?

Les belles promesses affichées sur le site de Cygames AI Studio, assurant utiliser « la puissance de l’IA de pointe pour créer un environnement où les créateurs pourront continuer à offrir le meilleur contenu », finissent généralement par se heurter à une réalité économique bien trop forte.
Des excuses sur la forme
Face à la virulence des réactions, Cygames a dû réagir en urgence pour éviter que son image de marque ne soit durablement entachée. Le studio a publié un communiqué d’excuses, tentant de rassurer sa communauté sur l’absence actuelle d’IA dans ses jeux :
« À tous nos fans et soutiens de Cygames, Au cours des derniers jours, nous avons reçu de nombreux commentaires exprimant de la colère et de la déception […]. Nous nous excusons sincèrement pour l’inquiétude que nous avons causée. Nous aimerions profiter de cette occasion pour affirmer que l’art produit par l’IA générative n’est pas utilisé dans nos produits. De plus, nous n’implémenterons pas d’IA générative dans nos produits sans prévenir en amont. Nous tenons en la plus haute estime […] la dignité, la passion et le cœur des créateurs et des artistes qui agissent en tant qu’architectes de la culture vidéoludique. L’art de tous les jeux Cygames actuels est façonné à partir du savoir-faire technique et du travail manuel de nos nombreux collaborateurs. »
Un communiqué qui éteint l’incendie avant qu’il soit ingérable, mais n’indique aucun changement stratégique. Cygames AI Studio recrute toujours. Cygames a décidé de faire de cette technologie son fer de lance pour les prochaines années. Reste désormais à surveiller les prochains jeux du studio afin de savoir si les créateurs ont toujours l’espace dont ils ont besoin pour s’exprimer. L’avenir nous dira si l’efficacité promise ne se paiera pas au prix de l’âme artistique du studio, ou de réductions d’effectifs.

Pénurie, DLSS, IA, l’étrange avenir du jeu vidéo en 2026
Sreex

Larian nous en apprend plus sur son futur Divinity
broccomilie

Amazon sacrifie ses studios de jeux dans sa course à l’IA
Ninof