On voit régulièrement passer les Wow-Killer, ce sont souvent des jeux qui se servent avec plus ou moins d’audace dans la boîte à mécaniques du géant de Blizzard et se présentent comme « celui qui vaincra World of Warcraft ». Ashes of Creation faisait partie de ces jeux là, en développement depuis presque dix ans, passé par Kickstarter et plus récemment placé en accès anticipé sur Steam. Le titre d’Intrepid Studios a vécu, en l’espace d’un seul Weekend, son déclin, sa chute et sa mort.
MLMMO (Multi Level Massively Multiplayer Online)
Certains y ont cru jusqu’au bout. Était-ce par crainte de voir s’évaporer les fonds investis dans les versions alpha, ou par l’espoir sincère de voir en Ashes of Creation l’aboutissement de leurs rêves d’aventure ? Pour beaucoup, c’était aussi un attachement parasocial à un personnage haut en couleur : Steven Sharif.
Sur les réseaux, les adeptes du jeu ne savent même plus si Steven s’appelle vraiment Steven, on trouve des traces de difficultés financières franchement inquiétantes incluant une suspension par le California Franchise Tax Board. Concrètement cela implique que la société n’avait plus le pouvoir d’opérer une quelconque action durant cette période, ce qui justifierait que les skins aient été retirés de la boutique sous prétexte de refonte de boutique.
Ajoutons à cela que le studio a évité de peu la suspension à deux reprises et que certains rapports mentionnent l’absence des comptes annuels de l’entreprise. Ces interrogations, impliquant qu’Intrepid Studios semblait manquer de source de revenus, sont rapidement balayées par la présence de financements externes non publics et le kickstarter réussi à hauteur de trois millions de dollars.
Soufflons un peu en rappelant qu’un Kickstarter, aussi élevé soit-il, suffit rarement à couvrir ne serait-ce que la moitié du prix d’un jeu vidéo, alors un MMO…
Le plus inquiétant dans cette affaire reste la présence de Steven et de sa mère, Sharon, dans les classements documentés des « Top MLM Earners » soit les individus ayant généré les plus gros profits via des systèmes pyramidaux. Grâce à la société Xango, ils auraient perçu plus de 300 000 dollars mensuels.
Ce modèle de vente multiniveau (MLM) incite les membres à recruter sans cesse pour toucher des commissions sur leurs ventes. Plus troublant encore, le nom d’Intrepid Studios apparaîtrait dans les documents liés à la fermeture par la FTC de Vemma Nutrition, une autre société de MLM épinglée pour fraude et système pyramidal.
Ashes to Ashes of Creation
Nous voilà donc au cœur de ce tumulte, à découvrir le pot aux roses alors que le glas a sonné. Steven a quitté l’entreprise en affirmant que le conseil d’administration agissait contre son éthique. Conseil qui, selon certains observateurs, ne serait composé que de lui-même et de son mari.
« Je peux faire une déclaration limitée en mon nom personnel, et non au nom de l’entreprise, concernant la situation. Le contrôle de la société m’a échappé et le conseil d’administration a commencé à ordonner des actions que je ne pouvais pas, par éthique, accepter ou mettre en œuvre. En conséquence, j’ai choisi de démissionner en signe de protestation plutôt que d’associer mon nom ou mon autorité à des décisions que je ne pouvais éthiquement soutenir. À la suite de ma démission, une grande partie de l’équipe de direction a également démissionné. Après ces départs, le conseil d’administration a pris la décision d’émettre des avis conformes à la loi WARN et de procéder à un licenciement collectif. Je ne peux pas, de manière responsable, donner plus de détails pour le moment en raison de questions juridiques et de gouvernance en cours. Ce que je peux dire, c’est que les développeurs et le personnel ont agi de bonne foi et méritaient mieux que l’incertitude à laquelle ils sont aujourd’hui confrontés. Je suis profondément consterné par la situation. » -Steven Sharif
Dans la foulée, une dizaine de développeurs seniors ont démissionné par solidarité, avant qu’une procédure WARN (avis de licenciement collectif immédiat) ne tombe pour le reste du personnel, avec pour bonus l’absence totale de salaire pour le mois de février.
Ce n’est ici qu’une version toute relative de ce qui a pu se trouver sur le net, certains parlent de sortie Steam non communiquée aux développeurs, d’autres supposent que toute cette histoire faisait partie d’une gigantesque arnaque. Notre avis est assez clair quand on voit le passif du personnage et du studio, mais le reste de l’histoire est encore à découvrir, nous sommes peut-être trop pessimistes.
Ashes of Creation c’est donc 30% d’évaluation positives sur Steam, des joueurs qui se retrouvent sans aucune garantie de remboursement malgré les promesses de la page Kickstarter et un jeu toujours en vente pour cinquante euros. Preuve, encore une fois, que n’est pas Wow-Killer qui veut, même avec dix ans et des millions.

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