Si l’on évoque le jeu vidéo français, les noms d’Ubisoft, de Dontnod (Life is Strange), de The Game Bakers (Cairn) ou encore de Quantic Dream (Detroit : Become Human) sont peut-être les premiers qui nous viennent en tête. Pourtant, une autre société, plus discrète, connait une vraie success story : Voodoo.
Avec un chiffre d’affaire de pas loin de 800 millions d’euros en 2025, et une croissance à deux chiffres rendant probablement jaloux les géants du secteur, Voodoo a recruté 200 personnes en 2025 (là où Ubisoft, entre départs volontaires, licenciements, restructurations et autres fermetures de studios, s’est lui séparé de 1500 personnes), et compte passer de 8 à 14 studios cette année quand les news de fermetures s’enchaînent.
La recette de ce succès insolent : le jeu casual, voire hypercasual, sur mobile. Parmi les titres phares du développeur, on compte Mob Control ou Block Jam. Vous ne connaissez pas ? Nous non plus ! Mais avec des profils plus « gamers » tels que les nôtres (on s’imagine que si vous nous lisez, c’est que vous vous intéressez un peu plus au jeu vidéo que la moyenne du grand public…), c’est normal, nous ne sommes pas la cible.
Outre ce positionnement, ce qui semble faire le succès de Voodoo, c’est aussi une méthode : ses studios lancent énormément de prototypes, jusqu’à deux mille par an, pour ne retenir que les plus efficaces et en publier une toute petite fraction. Evidemment, pour lancer autant de projets, l’entreprise a recours à l’intelligence artificielle. Et c’est peut-être là les limites de l’hagiographie de cette société.
Coup de vieux
Car l’usage de l’intelligence artificielle générative a tendance à souvent tendre le débat. Certains considèrent en effet, et il est difficile de leur donner tort, que les « productions » des LLM ont tout du plagiat. Une étiquette que traîne justement Voodoo, régulièrement accusé de sortir des jeux bien trop proches de titres existants, comme son Fish Master, qui rappelait sérieusement Ridiculous Fishing, ou Hole.io, qui empruntait son gameplay à Donut County.
Seulement voilà, malgré les critiques qu’on pourra formuler à l’encontre du studio, les faits sont là : l’entreprise grossit et recrute quand d’autres, très nombreuses, et souvent reconnues, restructurent et licencient. Faut-il y voir un signe de l’époque ? Le modèle du « jeu à papa », solo, et aussi spectaculaire que cher à produire (Uncharted…) a-t-il vécu, ne parlant plus qu’à une niche ? Et alors, s’est-il fait piquer la place par un autre style de jeu, moins léché, moins engageant, vite produit et vite remplacé (on n’aurait pas mieux décrit les jeux Roblox…) ? Autrement dit, est-on en train d’assister à une « TikTokisation » du jeu vidéo ?
Justement, il n’y a pas de hasard, en plus du jeu vidéo, Voodoo a un pied dans l’économie des réseaux sociaux. L’entreprise a en effet racheté BeReal en 2024, et lancé Wizz dès 2020, un réseau social dédié aux ados qui s’est bien implanté au Japon, notamment.
Un positionnement cohérent, donc, qui, s’il ne plaira pas aux joueurs de l’ancien monde, semble porter ses fruits. Le cinéma a créé la catégorie « art et essai » pour faire la différence entre les blockbusters hollywoodiens (ou les comédies franchouillardes avec Didier Bourdon) et les films plus exigeants. Peut-être que le jeu vidéo, s’il survit sous sa forme actuelle, va finir par devoir faire de même.

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