La nostalgie est, depuis un bon moment déjà, devenue un fond de commerce. Mais on a comme l’impression que le phénomène prend de l’ampleur sur ces derniers mois, ainsi que le montre la multiplication des concerts dits anniversaires d’artistes dont le pic de popularité date de plusieurs décennies (dernièrement, Alizée, Lorie ou même Dorothée…).
Côté jeux vidéo, rien que ces dernières semaines, nous avons testé ici même des rééditions des jeux Earnest Evans (1991-1993) et Fighting Force (1997-1999). Et en dehors de leur âge avancé, ces deux compilations ont un point commun : le côté fainéant du portage. Alors quand arrive Nicky Larson, portage d’un jeu PC Engine de 1990, on est un peu inquiet : exploitation éhontée du courant nostalgique, ou véritable occasion de se frotter à un moment d’histoire vidéoludique ?
(Test de Nicky Larson réalisé sur Switch 2 via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Une ombre file dans la nuit
Personnage emblématique du manga, de l’anime, et de la culture pop en général, Nicky Larson ( City Hunter en V.O.) a eu droit, outre à l’œuvre originale, à plusieurs spin off (Angel Heart, City Hunter Rebirth, ou le très récent La Vie Pas Si Paisible d’Umibozu), à quelques longs métrages animés, en OAV ou au cinéma (dont Angel Dust en 2024), mais aussi à des films « live action » (dont le Jacky Chan de 1993, le film plus récent sur Netflix, et l’adaptation française de Philippe Lacheau).
Pourtant, Ryo Saeba – pour utiliser son nom original – n’apparait que très peu en jeu vidéo. Il est jouable au sein du jeu de combat Jump Force, qui réunit les licences de l’éditeur Jump (Dragon Ball Z, One Piece, Naruto…), mais n’a été réellement mis en scène que dans un seul titre construit autour de la licence City Hunter : le jeu sorti sur PC Engine en 1990.
Et c’est ce jeu jamais sorti en dehors du Japon qui ressort aujourd’hui sur consoles modernes, nous donnant l’occasion de vivre enfin une aventure vidéoludique de Nicky Larson !
Nicky Larson, le héro qui pense avec ses bits
1990 est une année charnière, marquant doucement la fin des consoles 8bits et leur remplacement par les 16bits, telles les Mega Drive et Super Nintendo. City Hunter/Nicky Larson sort sur PC Engine, qui a la particularité d’être une console 8bits ET 16bits, en même temps (la console était doté d’un CPU 8bits, et d’un GPU 16bits, lui offrant à sa sortie une supériorité graphique sur les machines concurrentes). À ce titre, la machine et le jeu Nicky Larson représentent bien la transition entre les deux époques.
Nicky Larson est ainsi un jeu 8bits, mais un très beau jeu 8bits ! Le sprite du héro est à la fois lisible et dynamique, on reconnait immédiatement le personnage. Les écrans sont colorés, malgré des décors qui se répètent, et des sections parfois un peu pauvres ; et les éléments peuvent être relativement nombreux à l’écran sans que le jeu n’en souffre trop.
C’est une agréable surprise, et un jeu auquel on peut vraiment jouer pour s’amuser, au-delà de l’intérêt pour l’histoire du média ou de la licence signée Tsukasa Hojo. Le boulot conjoint de Cloud Leopard Entertainment, Red Art Games et du développeur original, Sunsoft, n’y est pas pour rien : Nicky Larson, dans sa version 2026, est doté en plus du mode de jeu original et d’un mode difficile, d’un mode « amélioré » qui affine les contrôles, le comportement des ennemis, etc. Une excellente initiative qui devraient devenir un indispensable des portages rétro, comme l’est aujourd’hui le « rewind ».
Les coups durs, il les affectionne
Le titre est grosso-modo un run and gun qui tire sa petite originalité de sa structure labyrinthique. Le gameplay s’organise autour d’allers-retours (rencontrer un personnage qui réclame un objet ; retourner en arrière chercher l’objet ; retrouver le personnage pour lui remettre l’objet en l’échange d’un clé ; identifier la porte qu’ouvre cette clé…), et l’une des difficultés sera de s’y retrouver dans la construction du niveau (derrière quelle porte était cette fille qui m’avait réclamé ce truc ?).
Modernisé, le jeu ne vient pas sans aucun défaut pour autant, et si l’immense majorité d’entre eux appartiennent pleinement à l’expérience « d’époque », certains auraient pu être corrigés par le mode de jeu amélioré. Il est ainsi spécialement frustrant de passer une porte pour se retrouver touché par des ennemis qui se situaient justement de l’autre côté, sans rien pouvoir faire d’autre que de prendre les dégâts. Énervant aussi le fait que prendre un coup via un ennemi trop près « retourne » le personnage : le jeu ayant des difficulté à gérer le fait de changer de direction et de tirer en même temps, quand on encaisse ce type de dégâts, ils sont souvent doublés…
Néanmoins, on passe facilement l’éponge à la faveur de l’âge du titre, et parce que le mode « rewind », qui permet de rembobiner le jeu de quelques secondes, est efficace et très bien implémenté sous la gâchette droite. Une fonctionnalité qui aura aussi pour conséquence de faciliter grandement la partie, et de réduire drastiquement la durée de vie du jeu.
Get Wild and Tough/Get Chance and Luck
Parmi les autres « features » du jeu, il faut évidemment parler de la localisation : si la console est réglée en français, le jeu démarre délicieusement sur le générique de l’anime en V.F. interprété par Jean-Paul Césari, avec un écran titre qui dit bien « Nicky Larson ».
Il est aussi possible de jouer en V.F. mais en version « City Hunter », les phases narratives utiliseront alors les noms de personnages dans leur version originale. La chanson culte Get Wild est aussi au menu en mode « City Hunter ». C’est un détail, certes, mais qui montre le soin apporté au portage.
Le jeu propose par ailleurs quelques bonus, comme une modélisation en 3D de la HuCard du jeu (la cartouche PC Engine), la B.O., un scan du mode d’emploi en couleurs de l’époque, et, étrangement, une série d’illustrations issues de la série animée sans vrai rapport direct avec le jeu. On aurait préféré des documents de travail, des croquis de conception ou, par exemple, des publicités pour le jeu datant de l’époque de sa sortie…
Après des expériences plutôt décevantes, Nicky Larson vient redorer le blason de ces titres rétro à valeur historique. Son achat est un « no brainer » pour les amateurs de la licence et d’histoire du média, puisque le titre est la seule adaptation du manga en jeu vidéo. Le jeu n’est pas exactement livré dans son jus, et est accompagné de quelques bonus et améliorations bienvenues, mais reste un titre de son époque, avec les limites de son époque.
On espère toutefois que le soin apporté à ce portage, et notamment le travail sur un mode de jeu légèrement repensé pour être plus jouable aujourd’hui, fera école, d’autant que le marketing semble s’être emparé du concept de « préservation du patrimoine vidéoludique », comme en témoigne la campagne de promo autour de la compilation Marvel MaXimum Collection.


