Les Japonais de Adglobe et Live Wire ont su attirer l’attention en 2021 avec Ender Lilies: Quietus of the Knights, un metroidvania, certes perfectible, mais porté par une belle atmosphère mélancolique et une direction artistique soignée. Une œuvre touchante, qui a laissé sa petite empreinte sur le genre. Trois ans plus tard, ils reviennent avec Ender Magnolia: Bloom in the Mist, qui tente d’aller plus loin, et surtout, de donner un peu plus de corps à son univers. Une suite plus ambitieuse, plus incarnée, mais pas exempte de petites failles.
(Test du jeu Ender Magnolia: Bloom in the Mist sur PC réalisé à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
La ruine de Rome
Le vrai choc en lançant le titre, c’est évidemment encore une fois, son visuel envoûtant. On retrouve cette patte aquarellée, ces décors délavés, ce monde en ruines suspendu entre vie et mort. L’influence de l’œuvre de Yoko Taro et de ses équipes saute aux yeux, que ce soit dans l’architecture délabrée d’un monde quasi post-apocalyptique, les tons gris mélancoliques aux multiples nuances — mais qui, dans cet épisode, n’hésite pas à ajouter des biomes très colorés —, ou encore cette touche de déréliction élégante autour d’humains artificiels. Le clin d’œil est même poussé jusqu’aux deux fins identifiées par des lettres majuscules accompagnées d’une phrase sibylline, à la façon des fins de NieR Automata.
Mais au-delà du visuel, c’est tout l’univers Ender Magnolia: Bloom in the Mist qui respire mieux. Le premier opus était une longue quête silencieuse. Ici, il y a plus d’humanité, plus d’interactions, plus de récits croisés. On échange avec les compagnons au cours de petites scènes autour de feux de camp, on rencontre des humains au cours de notre périple, et surtout, on sent une vraie volonté de rendre ce monde vivant, malgré la désolation qui l’enveloppe.
Même les deux villes, qui servent de hub, jouent ce rôle d’ancrage : on y revient, on y voit le monde évoluer, reprendre un peu de couleur, et l’on retrouve des visages familiers. Un cœur narratif, qui manquait un peu dans Ender Lilies, même s’il reste ici un poil cryptique.
L’ambiance du jeu prend encore une autre dimension grâce à sa bande-son signée par le groupe Mili, entre envolées de piano, nappes de violon et morceaux chantés au souffle aérien, presque éthéré. Une composition qui enveloppe le tout d’une mélancolie douce, sans jamais alourdir l’atmosphère, et qui n’est pas sans rappeler, encore une fois, les compositions de Keiichi Okabe.
L’orchidée de fer
Qui dit metroidvania dit recette à respecter scrupuleusement depuis des temps immémoriaux. Comme d’habitude, vous aurez des facultés et des clés à débloquer tout au long de l’aventure, qui vous permettront d’accéder à de nouvelles zones et passages secrets : dash aérien, murs spécifiques à briser, double saut, etc.
La petite surprise vient au niveau du combat, qui s’écarte un peu du premier opus. À la place des 26 esprits à trouver et donnant chacun une compétence spécifique, ici ce sont 10 esprits avec 3 variantes chacun à débloquer et améliorer à l’aide de différentes ressources, dont vous pourrez équiper vos 4 emplacements de capacité. Certains y verront une simplification bienvenue, d’autres une régression qui limite l’apparition de gameplay émergent.
Des reliques ayant un coût sont aussi à équiper, apportant divers bonus qui restent majoritairement portés sur les statistiques. Dommage de ne pas avoir poussé le concept un peu plus loin en apportant des variations dans les mécaniques de jeu.
Nous avons été légèrement déçus par les boss, qui sont assez peu marquants à cause de leurs patterns trop simplistes, malgré un character design toujours aussi réussi.
Là où Ender Magnolia: Bloom in the Mist brille vraiment pour un metroidvania, en plus de sa direction artistique, c’est dans son ergonomie. Chaque petit détail a été pensé pour fluidifier l’expérience. Une option est disponible pour rejoindre le dernier feu de camp visité, la légende de la carte est ultra lisible et claire, et surtout, merci l’option pour afficher la map en surimpression à la manière d’un hack’n’slash. Pouvoir avancer sans devoir mettre en pause toutes les deux minutes pour checker sa route, c’est un vrai confort.
Ender Magnolia: Bloom in the Mist ne réinvente pas la roue, mais avec sa direction artistique sublime, son ambiance sonore envoûtante portée par les compositions de Mili, et une ergonomie exemplaire, le jeu s’impose sans forcer dans le haut du panier du genre. C’est un metroidvania maîtrisé, élégant, et qui jouit à la fois d’un rythme effréné dans sa progression et de moments plus contemplatifs.
Il ne lui manque finalement qu’un brin de variété supplémentaire dans les builds pour donner un peu plus d’espace au joueur, et lui laisser le plaisir de tordre les mécaniques, de s’approprier le système autrement que par l’optimisation pure. Une liberté qui faisait la force du précédent, et qui ici se fait un peu plus timide.