Fiche de perso est une rubrique dans laquelle nous tirons le portrait d’acteurs du jeu vidéo, réels ou fictifs, qui pèsent ou ont pesé sur l’industrie. Aujourd’hui, et à l’occasion des 10 ans (déjà !) de sa disparition, nous revenons sur la place qu’occupe l’illustre David Bowie dans la culture jeu vidéo.
Il y a tout pile dix ans, le 8 janvier 2016, David Bowie nous quittait et la pop culture perdait l’une de ses personnalités les plus charismatiques et influentes. Au cours de sa longue carrière, le musicien aux multiples avatars n’aura eu de cesse d’explorer. Avec sa musique, évidemment, tout au long de ses 25 albums studios dans lesquels les genres se multiplient, se croisent, se redéfinissent… Mais pas seulement. Car les liens entre l’artiste et le jeu vidéo sont plus ténus qu’ils ne le paraissent.
The Nomad Soul, le chef d’œuvre précurseur
The Nomad Soul, le titre de Quantic Dream a défini le monde ouvert contemporain. Le jeu est sorti quelques semaines avant Shenmue, l’autre pierre angulaire du genre, et deux ans avant GTA 3 ! Mais David Bowie n’y est probablement pas pour grand-chose.
En revanche, c’est probablement la première pop star de cette envergure à offrir son nom, son image et son travail à un jeu. D’abord en écrivant plusieurs titres spécifiquement pour la bande originale (titres qui échoueront ensuite sur l’album ‘Hours…’ sorti en 1999), mais aussi en jouant en tant qu’acteur dans le jeu. Bowie a ainsi été modélisé en 3D et interprète le rôle d’un musicien qui donne des concerts dans un club du jeu, concerts auxquels on peut assister le temps d’une cinématique, et ce, 20 ans avant le concert événement de Travis Scott dans Fortnite !
Bien sûr, d’autres personnalités auront déjà associé leur image à un jeu vidéo, comme Chuck Norris en 1983 (Superkicks) ou Bruce Lee pour un jeu éponyme en 1984. Bruce Willis aura même effectivement “joué” dans un jeu dès 1998, en permettant l’utilisation de son image et en doublant le personnage principal d’Apocalypse (Neversoft). Mais jamais une personnalité du calibre de Bowie n’avait été impliquée à ce niveau dans un jeu. Sa présence en tant que telle dans le jeu fut même une condition imposée par le musicien pour écrire les morceaux de la bande originale !
L’éditeur aura bien conscience de sa “chance”, et n’hésitera pas à mettre en avant le nom du musicien sur des stickers apposés sur les boites de jeux…
Depuis, cette pratique s’est généralisée, Keanu Reeves et Idris Elba jouent dans Cyberpunk 2077, dans lequel on retrouve aussi la chanteuse Grimes, également présente sur la B.O. du jeu, ce qui, aux côtés de l’esthétique du titre, fait assez franchement écho à The Nomad Soul.
Présence minimale, influence maximale
Le film dans lequel il joue et chante, Labyrinth (Jim Henson, 1986), a connu une adaptation vidéoludique (écrite, excusez du peu, par Douglas Adams, auteur de l’ouvrage culte Le Guide du Voyageur Galactique) développée par Lucasfilm. Le jeu reste un moment important de l’histoire du média, préfigurant les productions suivantes de Lucasfilm qui deviendront des classiques, comme Maniac Mansion. Mais c’est à peu près la seule production où David Bowie est intervenu à avoir bénéficié d’un tel traitement.
Néanmoins, l’œuvre de Bowie est très présente dans les jeux vidéo. Il y a d’abord, bien entendu, tous les jeux musicaux (de SingStar à Fortnite Festival en passant par Just Dance et Guitar Hero) qui intègrent ses morceaux à leurs playlists. Il y a aussi ces jeux dont certaines scènes importantes se déroulent au rythme de ses chansons : Space Oddity dans Alan Wake, Heroes dans Life is Strange: True Colors ou encore une reprise de The Man Who Sold The World pour ouvrir Metal Gear Solid V.
Il y a aussi tous ces personnages inspirés à différents niveaux par les avatars que David Bowie s’est construit tout au long de sa carrière, à commencer par de nombreux looks de personnages de différents épisodes de Final Fantasy. Difficile de ne pas penser à lui en voyant les looks androgynes, flamboyants et résolument glam de personnages tels que celui de Kuja qui, de plus, passe du blond au roux selon qu’il apparait sous sa forme de Kuja ou de Trance Kuja. Un gimmick définitivement “Bowien”. Il y a du Bowie aussi dans le personnage de Kefka Palazzo, de FFVI. Le clown théatral peut rappeler le personnage que Bowie avait créé pour sa tournée Diamond Dogs.
Dans Metal Gear Solid, un personnage est baptisé Major Tom, en référence directe à Space Oddity et Ashes to Ashes, deux chansons dans lesquelles un mystérieux “Major Tom” est cité. Dans The Artful Escape, on incarne un jeune musicien qui cherche à créer son identité scénique et explore pour ce faire des paysages psychédéliques et de science-fiction. Peut-on faire plus “Bowiesque” ?!
Pionnier des mondes virtuels
Au delà du jeu vidéo à proprement parler, Bowie a aussi expérimenté très tôt les univers connectés, et mis en place des mécaniques qui deviendront centrales dans le jeu en ligne à succès d’aujourd’hui.
Dès 1998, le musicien lance BowieNet, un réseau social avant que les réseaux sociaux n’arrivent (MySpace est né en 2003, Facebook devient en 2004). La plateforme proposait alors toute une série d’activités qui sont aujourd’hui une évidence, mais on parle là de 1998, soit deux ans avant l’arrivée du web 2.0, une époque où le mot “blog” était encore tout neuf (il serait apparu vers 1997…). La plateforme proposait alors de personnaliser son profil pour participer à des forums de discussions, des événements communautaires, partager ses créations…
La chose se voulait “espace en ligne persistant” plutôt que page web traditionnelle réduite à un aspect documentaire (le web 1.0). BowieNet offrait d’ailleurs un accès vers BowieWorld, un environnement dans lequel évoluait en 3D à travers un avatar qui visitait divers espaces consacrés à diverses facettes du musicien, et ce bien avant Second Life, qui paraîtra en 2003.
Les membres de BowieNet participaient à en construire le contenu. “What’s Really Happening ?”, l’un des morceaux de ‘Hours…’ (l’album construit autour des morceaux écrits pour The Nomad Soul) a même été conçu en collaboration avec un fan via BowieNet.
BowieNet était ainsi à la fois une sorte de proto-web 2.0, l’internet “participatif” né avec l’arrivée des réseaux sociaux, mais aussi une plateforme UGC (User Generated Content, ou contenu créé par les utilisateurs), la fonctionnalité qui fait le succès du mode créatif de Fortnite, ou celui de Roblox, deux des titres les plus importants actuellement.
The Nomad Soul est sorti il y a plus d’un quart de siècle, et David Bowie nous a quitté il y a 10 ans. Leur héritage, c’est aussi le succès du skin Kim Kardashian dans Fortnite. « Scary Monsters (And Super Creeps) », toujours…

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