Après le film de 1994 qui a atteint le statut de nanar culte et la tentative très oubliable de 2009 avec La Légende de Chun-Li, la franchise Street Fighter est de retour au cinéma. Une persévérance qui n’est pas sans raison : la franchise possède indéniablement les ingrédients pour prétendre à une place de choix dans le genre du cinéma popcorn.
L’œuvre parue le 14 octobre 2026 en France semblait emprunter tout droit cette lignée. Par les jeux de lumière, ou encore le second degré perceptible dans les premières bandes-annonces, on pouvait logiquement nourrir des attentes raisonnables. Mais le résultat proposé dans les salles obscures laisse à désirer.
Entre deux ambitions
Le film de Kitao Sakurai est difficile à cerner. Le long métrage vacille et revient régulièrement vers le genre de l’animation. Ce qui n’est pas aberrant, au vu des divers dessins animés japonais qui ont vu le jour depuis la naissance de la franchise, en plus d’être cohérent avec l’identité de la licence. Mais ces séquences servent essentiellement de ressorts narratifs et font surtout office de flashback, pour exposer les enjeux qui sous-tendent le scénario.
Elles sont, par ailleurs, exécutées avec excellence : c’est beau et incroyablement dynamique. Toutefois, cette coexistence crée une sorte de discontinuité. Le déséquilibre ne se situe pas seulement sur le plan esthétique, on le retrouve également dans la tonalité. Quand les passages animés utilisent un langage dramatique, voire tragique, le reste, filmé en prise de vues réelles, est plus léger et beaucoup moins convaincant.
Et ce n’est pas une question de performance. Les acteurs cabotinent, mais finalement ils font ce que l’on attend d’eux et s’inscrivent dans une tradition cartoonesque. En revanche, la manière dont ils sont exploités est problématique. Leur jeu s’inscrit dans un cadre humoristique et léger du fameux second degré cité en préambule. Cependant, la mise en scène dessert cette prétention. Sakurai manque clairement de savoir-faire en la matière.
Pour donner l’atmosphère voulue, il joue la carte de l’absurde. Et pourquoi pas, le public ne demande que ça… Mais, plutôt que d’y aller pleinement, il parvient à un humour tiède qui suscite davantage le malaise que le rire. Un sentiment que certaines blagues d’un autre temps, centrées avant tout sur l’homosexualité supposée de ses personnages, achèveront d’accentuer.
Un univers qui manque de consistance
Autant dire qu’il y a quelque chose de suranné dans ce Street Fighter. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose. En prenant place dans les années 90, le film arrive à faire surgir une certaine nostalgie en mettant à profit une institution comme MTV ou par le jeu de couleurs et l’utilisation de néons. Mais le long métrage en fait trop et notamment sur le plan musical où se succède un bon nombre de sons et de groupes de cette époque tels les Marky Mark and The Funky Bunch, The Offspring ou encore 4 Non Blondes dont le titre What’s up ? est même surexploité dans une tentative d’en faire un leitmotiv.
Cette présence surnuméraire dépouille Street Fighter d’une réelle identité musicale. La proposition n’est absolument pas marquante. Ce qui est presque un paradoxe quand on a la prétention d’être une adaptation d’une franchise qui, elle, possède cette particularité. Surtout au regard du deuxième opus de la saga vidéoludique et de la composition de Yoko Shimomura. Un épisode qui, au vu du roster, est la pierre angulaire de ce film. Il y a bien une référence au thème de Guile, mais cela reste insuffisant.
Cela est même symptomatique du traitement superficiel des protagonistes. Si on met de côté le cas de M. Bison qui se démarque par un ridicule exacerbé, beaucoup sont introduits pour vite disparaître. C’est le cas de Zangief, qui est là pour une raison qui nous échappe finalement, mais il en est aussi de même pour Honda, Balrog ou encore Cammy. Et même quand le personnage est censé avoir une place plus importante, et là on pense à Chun-Li, il reste en retrait. Sa vengeance est bien présente dans l’histoire, cependant elle est survolée et pire, elle paraît édulcorée.
C’est qu’elle doit partager le temps d’écran avec l’intrigue principale tournant autour de Ryu et Ken, qui, elle, se retrouve diluée dans des espèces de digressions. En substance, le film possède trop de voix, sombre dans la cacophonie et finit par devenir muet. Trop en dire, ce n’est rien dire. Et, pour plus d’harmonie, le réalisateur Sakurai aurait gagné à resserrer son œuvre.
Où est la bagarre ?
Mais passons… Ce n’est pas du côté scénaristique que l’on attend Street Fighter mais plutôt sur ce qui a fait passer son pendant vidéoludique à la postérité : les combats. Et là, la déception est grande. D’abord, évacuons l’évidence : le film, dans une optique de fan service, utilise bien les bottes secrètes propres à certains personnages, à l’instar du célèbre Hadouken ou du Russian Suplex.
Ce que l’on déplore réside là encore dans la mise en scène. Certes, les chorégraphies, bien que banales, sont correctes dans l’ensemble. Néanmoins, la manière dont les affrontements sont capturés est, elle, plus discutable. C’est simple, c’est mal filmé et la réalisation repose sur deux procédés en particulier : le montage et les effets spéciaux, qui ne sont d’ailleurs pas très beaux. Et comme dans un aveu d’échec, Street Fighter enchaîne les scènes en slow motion, histoire de leur donner un peu plus d’impact. Un recours habituel, voire consensuel, dans des productions hollywoodiennes.
Est-ce la conséquence d’un budget mal mis en valeur par la réalisation ? En tout cas, cela pourrait être une explication possible. Une raison qui pourrait également être à la source de choix très discutables comme le fait de réduire le tournoi en un événement secondaire, alors que la première partie du film s’applique à le préparer. Ou de passer sous silence, en les faisant dérouler hors champ, des combats que l’on aurait aimé voir.
Street Fighter cuvée 2026 a des moments réussis, y compris dans le dernier quart d’heure où Kitao Sakurai parvient enfin à l’ambiance qu’il cherchait à obtenir. Mais, dans l’ensemble, on reste assez froid face à la proposition. Sa forme est erratique, ses ambitions trop grandes. Le film empile les personnages et les interactions, dans une pure tradition de fan service. Mais il échoue à leur donner une réelle personnalité, tout comme il peine à se doter d’une identité.
Car, au final, si on le dévêt de son intention parodique, le film n’est qu’une comédie potache qui ne peut satisfaire que les moins regardants. Street Fighter se voulait une adaptation, il n’est qu’un carnaval presque obscène qui confine son casting au ridicule.

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