Fiche de perso est une rubrique dans laquelle nous tirons le portrait d’acteurs du jeu vidéo, réels ou fictifs, qui pèsent ou ont pesé sur l’industrie. Aujourd’hui, et à l’occasion de la sortie événement de Cairn, le jeu de The Game Bakers, on s’intéresse au parcours de celui qui en a composé la B.O., The Toxic Avenger, et avec lui, à la scène « french synthwave », étroitement liée au jeu vidéo.
Le français The Toxic Avenger, dont le nom fait directement référence à la série de films Z signés Troma (et dont une nouvelle adaptation en jeu vidéo est aussi sortie récemment), vient d’abord de MySpace et du hip-hop, genre dans lequel il officiait sous le nom de Ed Wood Is Dead, autre référence à un certain cinéma d’auteur.
Mais sa carrière décolle vraiment en 2007 grâce à un remix de son morceau Escape par The Bloody Beetroots, qui sont un peu une version punk et italienne de Justice. Signe avant-coureur que le destin du musicien français serait lié au jeu vidéo, le morceau est retenu pour figurer sur la bande originale de Need for Speed Pro Street.
En 2010, il collabore avec Orelsan (N’Importe Comment), et sort en 2011 son premier album, Angst. La même année, la B.O. du film Drive (Nicolas Winding Refn), avec notamment des morceaux de Kavinsky (l’imparable Nightcall, qui fut pourtant un échec lors de sa sortie en maxi en 2010) ou d’Electric Youth, va venir mettre la synthwave – cette musique électro mettant l’emphase sur le synthé et une esthétique rétro-futuriste inspirée des 80’s – dans les oreilles du grand public.
L’année suivante, le genre musical et le jeu indé vont connaître une forme d’apogée commune avec la sortie, et le succès, de Hotline Miami et de sa bande originale très remarquée, au-delà même des sphères du gaming.
Après Hotline Miami, il ne faudra que quelques mois pour que l’esthétique synthwave n’arrive du côté des studios AAA. Ubisoft, alors encore capable d’expérimenter, sort un DLC « standalone » pour Far Cry 3, sorte de remake foutraque en hommage aux séries B des années 80 : Far Cry Blood Dragon, et a l’excellente idée de s’adjoindre les services de Power Glove (vous avez la réf’) pour l’ambiance musicale. Le résultat est tout bonnement génial, et, à la lumière de l’actualité, nous fait d’autant plus réclamer « rendez-nous Ubisoft ! ».
Le monde est alors mûr pour Furi, premier jeu et premier chef-d’œuvre du studio The Game Bakers, même si les chiffres n’auront pas été tout de suite à la hauteur des qualités du titre. Boss rush brutal bien avant que le Soulslike ne soit aussi surreprésenté, son esthétique rétrofuturiste est sublimée par une bande-son aux allures de compil’ du meilleur de la synthwave de l’époque : Scattle, Carpenter Brut, Danger, et… The Toxic Avenger, qui compose deux morceaux pour l’O.S.T.
À la même époque, le groupe sort son deuxième album, et compose la bande-originale du film Mutafukaz, d’après la B.D. de Run, produit par Ankama ; ce même Ankama à l’origine de Dofus. Même quand The Toxic Avenger fait autre chose (ici du cinéma), on voit que le jeu vidéo n’est qu’à quelques degrés de séparation !
The Game Bakers propose complètement autre chose avec son jeu suivant, s’éloignant de la violence et de « l’exigence » du gameplay pour proposer un RPG narratif sur le thème de la vie de couple : Haven. L’esthétique n’est plus celle de la synthwave, dark, violette, et fluo, pour devenir plus gaie (mais toujours fluo). Néanmoins, le studio fait toujours appel à un musicien important de la scène synthwave, Danger. Le jeu proposera alors ce qui reste aujourd’hui encore l’une des plus belles intro de jeu vidéo.
Mutafukaz ou Haven, de même que les albums de The Toxic Avenger (son deuxième en 2016 et Midnight Resistance en 2020) ont montré que la musique synthwave pouvait s’affranchir de l’esthétique rétrofuturiste, parfois un peu caricaturale, à laquelle elle est souvent liée.
Et c’est ainsi que The Toxic Avenger va participer à un projet qui se situe un peu aux antipodes de ce style graphique en composant plusieurs morceaux pour la bande originale du jeu narratif Road 96, aux cotés d’autres pointures du genre, comme Robert Parker ou Volkor X. Le jeu sera un très grand succès critique et public, avec plus de deux millions de copies écoulées, et on peut aisément imaginer que sa superbe B.O. n’y est pas pour rien.
On retrouve aujourd’hui The Toxic Avenger au générique du dernier jeu de The Game Bakers, Cairn, précédé d’une véritable hype, et déjà hissé au rang de chef d’œuvre par différentes rédactions (dont la nôtre !), avec Mathieu Bablet (Carbon & Silicium, Silent Jenny…), au scénario et à la direction artistique. Il faut se rendre compte de la richesse et de la qualité des artistes avec qui The Toxic Avenger a été amené à collaborer tout au long de sa carrière : « Dis-moi qui sont tes amis, je te dirais qui tu es »…
Il existe bien une scène french synthwave, qui tire en partie son origine de collectifs comme celui des Nantais de Valérie (College, Anoraak, Minitel Rose…), et dont Kavinsky est la star grand public. Une scène qui doit une partie du son qui est le sien au jeu vidéo : le premier album de Kavinsky s’appelle Outrun, et des vidéos de Danger, comme le teaser pour son EP intitulé 09/17, sont à ce sujet assez transparentes.
Ce n’est donc qu’un juste retour des choses que cette même scène offre aujourd’hui un peu de son talent au média pour le sublimer. Une mission que The Toxic Avenger, d’O.S.T. en O.S.T., relève avec brio.
- L’O.S.T. de Cairn est disponible en streaming partout, notamment sur Bandcamp.com, qui est un peu devenu le lieu incontournable des B.O. de jeux vidéo, et en vinyle chez G4F Records, qui distribue aussi les B.O. de Road 96 et Furi.
- Le dernier album de The Toxic Avenger s’intitule Inframonde, est sorti en automne 2025 chez Enchanté Records (son propre label, qui n’a pas de site web, mais un vieux compte Facebook toujours actif. Rétro, quand tu nous tiens…!), et sert aussi d’O.S.T. au dernier ouvrage de Mathieu Bablet, Silent Jenny.

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