Ce n’est pas la première fois qu’on le souligne, mais le constat est de plus en plus vrai au fil des années. La génération PS5/Xbox Series a été sacrifiée sur de nombreux autels. On s’est souvent agacé devant la politique de PlayStation et du (non-regretté) Jim Ryan, reniant ses fondamentaux en délaissant ses formidables expériences solo pour les sirènes de l’argent a priori facile des jeux services (RIP Concord). On a aussi souvent pointé du doigt Xbox et sa gestion calamiteuse de ses studios, conduisant à la fermeture de leurs plus prometteuses structures (RIP Tango Gameworks). Mais rien de grave très chers joueurs, demain, si vous ne pouvez par remplir vos machines de jeux majeurs, vous pourrez toujours vous contenter de l’affubler de ses plus beaux (et onéreux) atours.
Nouveau marqueur d’identité sociale
Ce n’est pas nouveau. On se souvient encore avec nostalgie des PlayStation 2 dans des coloris différents, de la N64 Pokémon ou plus récemment de consoles et manettes Xbox One/PS4 aux couleurs de leurs licences les plus prestigieuses. Reste que depuis 2020 et l’arrivée des dernières générations de console, cette folie s’est accentuée. Et mise en parallèle avec le manque de jeux AAA first party, on a l’impression que les consoliers se paient de plus en plus ouvertement notre trogne.
N’y a-t-il pas un problème à ce que PlayStation ou Xbox, presque chaque année depuis le lancement de leurs dernières consoles, sortent plus de manettes collectors que de jeux de leurs studios internes ? Et on ne parle là que de manettes, mais en incluant en plus les façades pour la PS5, les disques durs externes à l’effigie de leurs licences, les casques et autres goodies, quelle place reste-t-il pour les jeux vidéo ?
Il n’y a qu’à voir la Steam Machine qui, avant même de vendre des promesses de jeu, nous annonce ses façades personnalisables. On se souvient aussi que pour fêter les vingt ans de God of War, PlayStation a annoncé une manette collector. Pas un jeu, une compilation ou quoique ce soit de ludique. Juste une manette. Quelle tristesse !
Est-ce là une des conséquences de la popularité de Fortnite, Genshin Impact et autres free-to-play populaires ? Comme on cherche à personnaliser son avatar dans ces titres, le phénomène ne se retranscrit il pas sur nos consoles de jeu ? Car au fond, à quoi un skin sert-il à part à mettre en avant son unicité et, en quelque sorte, sa supériorité, au moins visuelle, vis à vis d’une apparence standard ? Nos consoles de jeu ne suivent-elles pas la même direction, les rapprochant plus d’objets décoratifs et de « frime » que de jeux vidéo ?
On nous annonce déjà les prochaines PS6 et Xbox à l’horizon 2027, et pourtant, on reste sur notre faim, avec une impression que cette génération de console n’a toujours pas commencé. Pire, alors qu’on devrait en être à la période où les studios internes de chaque constructeur maîtrisent dans les moindres recoins les possibilités de leurs machines respectives, on peine à voir sortir plus de deux jeux first party par an. Un comble quand on sait que chacun possède des dizaines de studios de développement. C’est à se demander s’ils ne sont pas occupés à choisir les prochains coloris d’un accessoire quelconque.
Et alors que le jeu vidéo, jusque là populaire, devient de plus en plus un loisir de luxe, avec des prix qui s’envolent, les consoles deviennent peu à peu un marqueur d’identité sociale. Avoir une machine ne suffit plus, il faut la pimper pour marquer sa différence et sa supériorité vis-à-vis des joueurs ne voulant/pouvant investir dans ces artifices. Est-ce vraiment dans cette direction que le jeu vidéo souhaite se pérenniser ?

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