Le studio parisien derrière Life is Strange, Remember Me, Vampyr, ou plus récemment Lost Records: Bloom & Rage, traverse sans doute la pire crise de son histoire (encore). Dans un long texte publié ce 27 octobre, la section Don’t Nod du Syndicat des Travailleureuses du Jeu Vidéo révèle que l’entreprise est désormais placée sous procédure de sauvegarde, un dernier recours pour éviter l’insolvabilité, annoncée à la presse financière avant même d’être communiquée aux employés.
Un mois après le vote d’un plan de restructuration qui pourrait toucher jusqu’à 90 personnes, et quelques mois après l’échec commercial d’Aphelion sorti en avril, l’avenir des 140 salariés du studio est de plus en plus incertain.
Des alertes ignorées depuis des mois
Selon le syndicat, la direction avait présenté dès décembre 2025 plusieurs scénarios financiers aux représentants du personnel, dont le pire, en l’absence de financement pour ses projets, prévoyait la liquidation de l’entreprise au cours de l’année 2026. Malgré ces prévisions et une alerte des commissaires aux comptes en mai, Don’t Nod aurait attendu près d’un an avant de réagir, cessant même de payer ses cotisations sociales à l’URSSAF depuis juillet pour préserver sa trésorerie. Pendant ce temps, les équipes enchaînaient les démos pour la Gamescom et les rendez-vous avec de potentiels investisseurs, sans savoir qu’un nouveau plan de licenciements se préparait en coulisses.
Le STJV rappelle aussi que l’entreprise compte sur 5,6 millions d’euros de crédit d’impôt jeu vidéo, alors même qu’elle a été condamnée pour atteinte à l’intérêt collectif de la profession dans une affaire de harcèlement moral, ce qui devrait logiquement conduire le CNC à lui retirer son agrément.
Méthodologie d’un massacre
Le plan de sauvegarde de l’emploi frappe presque exclusivement les postes non managériaux : la totalité des animateurs, des character artists, des concept artists et des producteurs associés, mais aussi 18 programmeurs sur 22 ou 8 environment artists sur 10. Pour le syndicat, la direction cherche à cibler des individus plutôt que des postes, une pratique illégale, en découpant les 140 salariés en 47 catégories professionnelles, dont 23 ne contiennent qu’une seule personne.
Les managers, eux, sont conservés et devront piloter l’externalisation massive de P14, dernier projet en développement, dont l’envergure n’a pas été revue à la baisse et qui mobilise encore une centaine de personnes. C’est bien connu que ce sont les managers qui font les jeux, n’est-ce pas ?
Aucun plan de départs volontaires, aucune indemnité au-delà du strict minimum légal et un refus catégorique de réduire les salaires de la direction : les négociations n’auraient été qu’une façade. Le CSE a recensé six accidents du travail en 2026 et a dû ouvrir une enquête pour danger grave et imminent, tandis que les employés se décrivent comme les otages d’une direction qui joue avec leur avenir.
Le CSE rendra son avis le 3 novembre, puis la DREETS (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) disposera de 21 jours pour valider ou non le plan, et s’il est accepté, les premières lettres de licenciement pourraient tomber dès le 25 novembre. Après des années à porter haut les couleurs du jeu narratif français, Don’t Nod illustre une fois de plus ce que l’industrie fait de pire : des travailleurs sacrifiés pour les erreurs de ceux qui les dirigent, et qui eux, comme toujours, resteront en place.

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