Avez-vous déjà rêvé de percer le jardin secret de votre voisinage ? En devenant postière, par exemple ? C’est la mission de Tom dans Tom the postgirl, la dernière-née du studio suisse Oopsie Daisies et d’ARTE France. Voyeur, transgressif, décalé : embarquez pour une folle tournée à bord de ce point-and-click… un poil dérangeant.
(Test de Tom the postgirl sur Nintendo Switch réalisé à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Vous incarnez Tom, la nouvelle postière d’un village isolé, reconnaissable à son imperméable rouge flamboyant. Votre mission ? Faire le tour du pâté de maisons et acheminer les colis à bon port. Rien de plus simple pour le commun des mortels, mais pour vous, pas question de suivre un chemin tout tracé. Derrière les façades proprettes de ce paisible village, chaque boîte aux lettres semble cacher une histoire qui ne demande qu’à être découverte.
Tom est une commère : elle aime fouiner, ouvrir les portes, regarder par les œilletons et épier les fenêtres. L’aventure se découpe en une poignée de tableaux, chacun comprenant un quartier et une quête principale. Autour de ceux-ci s’articulent un compteur d’éléments à découvrir et, évidemment, des livraisons à effectuer.
Dans un mouchoir de poche
Autant vous prévenir : l’aventure est minimaliste, et il ne faut pas vous attendre à un jeu répondant aux standards actuels. On se déplace, on clique, on tranche entre deux options, et c’est à peu près tout : l’essentiel repose sur la narration et l’atmosphère. Et oui, la durée de vie est aussi très courte.
Cette brièveté a toutefois l’avantage d’inciter à explorer plusieurs boucles de gameplay et à débloquer des succès selon votre comportement en jeu (écraser toutes les fleurs, livrer ou ouvrir les colis…).
Côté esthétique, le charme opère grâce à une direction artistique épurée, faite d’un noir et blanc rehaussé de quelques touches de rouge. Ce rouge n’est pas posé au hasard : il habille Tom et sa brouette à lettres, mais signale aussi certains éléments clés de l’intrigue.
Chaque décor évoque une planche de bande dessinée, et la couleur, distillée avec parcimonie, attire immédiatement l’œil. Sans la moindre ligne de dialogue, le jeu parvient à tout raconter par l’image, porté par son ton absurde. C’est simple, efficace et sans fioritures. L’équipe derrière le projet a su transmettre sa vision avec justesse, et ça, ça nous plaît.
Passe-moi les jumelles !
Quand Tom s’adonne à son sport favori et découvre les secrets inavouables du quartier, vous assistez à des saynètes étranges, parfois même dérangeantes, au sein d’un univers qui ne tourne pas tout à fait rond. Le malaise naît du contraste entre la candeur du trait et ce qui se trame derrière les rideaux.
C’est le cœur même du gameplay : à chaque mission, on hésite constamment entre conscience professionnelle et voyeurisme. Jeter un œil indiscret ou s’abstenir ? Fouiller ou passer son chemin ?
Chaque choix dévoile un peu plus l’envers du décor de ce village bizarre et de ses résidents hautement louches. À vous de décider jusqu’où pousser l’indiscrétion, quitte à y prendre un certain plaisir coupable.
Un jeu… d’auteur ?
Présenté sur le site d’ARTE France comme un jeu « entre Adult Swim et livre pour enfants », Tom the postgirl marie effectivement à merveille une apparence naïve et un humour bien plus trash, qui rappelle Rick et Morty ou encore Adventure Time. Celle qui nous a immédiatement fait penser au Petit Chaperon rouge cache finalement bien des surprises sous sa capuche.
Tom the postgirl s’inscrit dans une démarche plus large. Discrètement, la chaîne franco-allemande s’est constitué un catalogue de jeux indépendants européens, qu’elle coproduit et édite comme elle accompagne ses films et séries d’auteur. Les élus partagent les mêmes critères : des équipes de taille modeste, une narration forte et une identité artistique affirmée. Avec son village inquiétant et sa palette tranchée, le jeu d’Oopsie Daisies coche toutes les cases.
Tom the postgirl est une parenthèse aussi brève qu’atypique qui mérite d’être vécue. Si sa durée de vie lilliputienne et sa sobriété technique pourront en rebuter certains, le titre compense largement ces menues faiblesses par une identité visuelle saisissante et un ton délicieusement irrévérencieux.
En transformant une simple tournée de quartier en un festival de voyeurisme absurde et décalé, le jeu parvient à captiver de la première à la dernière minute. Il nous rappelle avec brio qu’il n’est pas toujours besoin de budgets pharaoniques ou de mondes ouverts labyrinthiques pour marquer les esprits, pour peu que le parti pris artistique soit fort et assumé.



