Le Japon cherche (encore) comment s’assurer une place de choix sur le marché de la pop-culture à l’international. Alors que le Japon peut encore sembler à la traine par rapport à ses concurrents asiatiques sur le marché international, le METI (le Ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie), a créé une bourse dédiée aux nouvelles licences qui sont prévues pour une sortie internationale.
Il est probable que cette bourse ait un effet certain : elle peut être utilisée pour financer un projet jusqu’à 50%, pour une somme maximale de 54 millions d’euros. Bien évidemment, cela concerne tous les secteurs, dont le jeu vidéo. Et, dans ce cas, ce qui est intéressant, c’est que les gros studios ne seront pas les seuls à pouvoir en profiter : les indépendants sont également encouragés à postuler.
Une manœuvre pour favoriser le travail de localisation ?
Parmi les bourses proposées par le gouvernement du Japon, c’est bien celle des nouvelles licences qui est la plus accessible : n’importe quel développeur peut y accéder en présentant un prototype et un plan d’affaires incluant une stratégie pour une sortie internationale, ce qui inclue le travail de traduction, de localisation. L’argent reçu à l’aide de la bourse pourra être utilisé pour financer toutes les étapes de développement, de la pré-production à la post-production, en passant par le travail de promotion.
Cette nouvelle bourse n’est pas une mesure isolée : cela rejoint un engagement national, puisque le gouvernement a annoncé vouloir augmenter les recettes du contenu japonais à l’international pour atteindre un chiffre d’affaire de 20 trillions de yens (110 milliards d’euros) d’ici 2033. C’est dans ce cadre que le programme IP360, duquel fait partie cette bourse, a été mis en place.
Ouvrir ce financement aux indépendants, qu’il s’agisse d’un petit studio ou de développeurs travaillant seuls, n’est pas anodin : si certains jeux ont pu sortir du lot et s’offrir une sortie internationale, beaucoup de développeurs restent dans une culture locale, en privilégiant des sites locaux plutôt qu’une sortie globale sur Steam, par exemple. La mise en place de cette bourse, qui pourrait doubler certains budgets, poussera certainement plus de développeurs à penser des sorties pour l’international plutôt que de les confiner au Japon.
Or, de nombreux événements nationaux, tels que le BitSummit ou le Tokyo Indie Game Fest laissent voir une culture du jeu vidéo indépendant riche. Pourtant, nombre de ces jeux ne se frayeront jamais un chemin vers nos écrans. Faute de moyens, certainement, mais pas que : c’est aussi une question de culture. Notamment, une division au sein de la sphère indépendante marquée, entre ceux qui vont faire des jeux indépendants dans le but de se faire un nom, et ceux qui vont faire des jeux indépendants en visant des événements dôjinshi.
Ces derniers ne voient pas le développement comme un choix de carrière, mais comme un hobby, sans motivation financière. Alvin Phu, président du studio indé Hanaji Games et habitué du BitSummit, l’explique simplement :
Il y a tellement de studios dans ce petit espace, qu’il n’y a pas vraiment de logique financière de faire son propre truc. Donc, beaucoup de ces mecs travaillent aussi pour les gros studios, mais ils veulent aussi faire des petits projets, ce n’est pas vraiment important pour eux d’être vendu. Ça n’a pas vraiment d’intérêt. »
Avant de savoir si cette bourse changera réellement la donne, il faudra attendre de voir à quel point les critères de sélection seront stricts. Sur le papier, avec une attribution juste et une liberté totale garantie aux développeurs, cela pourrait vraiment avoir un effet sur nos écrans, en permettant à plus de titres de dépasser les frontières. Si, forcément, avec cette nouvelle bourse, les regards se sont (surtout) tournés vers les indépendants qui ne s’exportent pas toujours encore, il ne faut pas oublier que l’opportunité peut être aussi saisie par des studios déjà établis pour profiter de la tendance et améliorer leur propre travail d’exportation et de localisation, qui est parfois encore bien perfectible.

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