Après des démos très remarquées lors des différents salons l’an dernier, MIO: Memories In Orbit sort enfin en ce début 2026. Ce Metroidvania français, développé par le studio Douze Dixièmes (déjà auteur du touchant Shady Part of Me), arrive quelques mois après le mastodonte Hollow Knight: Silksong. Le défi était de taille, mais le studio a mis la barre aussi haut que Team Cherry. L’année commence très bien pour les amateurs du genre.
(Test de MIO: Memories In Orbit sur Switch 2 réalisé à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Un univers enchanteur
L’aventure débute rapidement : Mio, une androïde agile, se réveille dans un laboratoire au cœur de l’Arche, un gigantesque vaisseau spatial en ruine, envahi par la végétation et où d’autres androïdes sont désormais des ennemis. Jadis contrôlé par des robots nommés « Perles », le vaisseau a sombré dans le chaos pour une raison inconnue. C’est à vous de parcourir ce dédale pour comprendre l’origine du dysfonctionnement et tenter de sauver ce qui peut encore l’être.
Dès les premiers pas, on se retrouve happé par la beauté du titre. Douze Dixièmes a mis les petits plats dans les grands avec une direction artistique en cel-shading couplée à un style « peinture » aux couleurs pastels intenses. Le rendu ne laisse pas indifférent : on a l’impression constante que tout a été dessiné à la main. Chaque partie du vaisseau possède sa propre identité, et l’envie de découvrir le prochain tableau est un moteur puissant pour l’exploration.
L’immersion est totale grâce à une conception sonore de haute volée également. Les nappes de synthé renforcent l’ambiance spatiale, tantôt mélancolique, tantôt oppressante, accompagnant parfaitement l’exploration. L’univers se dévoile par touches subtiles : via des dialogues avec quelques PNJ, ou des journaux écrits cachés dans les recoins. La découverte des différentes perles permet également d’en apprendre plus, et chacune est d’ailleurs différente (une nécessitera un combat, d’autres une phase de plateforme, une autre de lui rendre hommage via des bougies à trouver dans le vaisseau). Parcourir l’Arche est réellement un voyage en soit, et un magnifique voyage.
Agile comme un chat de l’espace
Pour coller à cette thématique spatiale, les déplacements de Mio bénéficient d’une physique particulière. On ressent une certaine légèreté, un sentiment de flottement lors des sauts qui simulent agréablement une faible gravité. Cette inertie, loin d’être un handicap, offre une fenêtre de réactivité précieuse lors des phases de plateforme qui deviennent rapidement intenses.
Car la palette de mouvements de Mio va s’étoffer. Grappin, esquive, planeur, capacité à marcher sur les murs à la Spider-Man ou destruction de portail via des éclats… La palette de mouvements s’élargit et le level design redouble d’inventivité pour vous forcer à tout combiner. Ces pouvoirs ne sont pas illimités : une jauge en bas de l’écran se vide à l’utilisation (le grappin la consomme entièrement d’un coup). Pour la recharger en l’air et effectuer un nouveau saut, la mécanique est simple sur le papier : il faut frapper un ennemi ou un objet du décor.
On se retrouve ainsi dans une danse aérienne rappelant Celeste, où il faut enchainer grappin, coup pour recharger, saut, planeur, un autre coup, esquive… Grisante, cette mécanique demande cependant une précision d’orfèvre. Il faudra bien ouvrir l’œil, car l’objet salvateur permettant de recharger sa jauge est parfois bien caché ou nécessite parfois de taper un ennemi, et donc d’esquiver son attaque.
C’est d’ailleurs ici que peut naître une petite frustration. La moindre erreur de stick se paie cash. Rater un point d’accroche de grappin d’un millimètre ou frapper juste à côté d’un ennemi — comme avec le boss Sawlong, consistant en plusieurs phases de plateforme tout en étant poursuivi — empêche la recharge de la jauge et entraîne la chute. Heureusement, ces soucis de précision restent rares, mais il faudra parfois accepter d’échouer bêtement pour une erreur d’orientation.
L’exigence au service de l’exploration
MIO : Memories In Orbit ne vous prend jamais par la main. Aucune indication ne viendra vous dire où aller. Il faudra débloquer la carte via un PNJ contre un peu de nacre pour espérer s’y retrouver. Petite subtilité : la carte ne se met à jour que lorsque vous trouvez un point de sauvegarde (ou que vous mourez). On croit parfois avancer vers un raccourci pour finalement découvrir une immense zone annexe contenant des modificateurs.
Car ici, pas de montée de niveau traditionnelle. La progression se fait via des puces à installer dans le logiciel de Mio (façon NieR: Automata), qu’il faudra acheter ou dénicher. Certains modificateurs proposent même un malus, permettant d’augmenter son nombre de points disponibles afin de pouvoir activer plus de modificateurs. Si ces bonus aident, ils ne remplaceront jamais votre apprentissage, votre patience, et votre talent.
Et il faudra de tout ça, car MIO: Memories In Orbit est (parfois très) exigeant. Si parcourir l’Arche en met plein les yeux et les oreilles, il ne s’agit pas d’un vaisseau extrêmement facile à découvrir. Comme dans tout Metroidvania, l’idée va-t-être de découvrir une zone, débloquer un nouveau pouvoir permettant de revenir par un autre chemin et d’ouvrir une porte précédemment bloquée / découvrir un raccourci pour relier la zone précédemment explorée au hub de départ. Mais généralement, des phases de plateforme demandant observation et différents essais vont se mettre sur le chemin, tout comme des combats de boss. Et dans les deux cas, il faudra être prêt à échouer de nombreuses fois pour apprendre !
Cependant, l’équilibre est bien trouvé. De nombreux points permettent de « cristalliser » cette monnaie pour la sécuriser définitivement, rendant sa perte finalement anecdotique : vous ne serez jamais dans l’incapacité d’acheter de nouvelles ressources à cause d’un manque de nacre. De plus, des raccourcis judicieusement placés évitent (presque) toujours de refaire un parcours de plateforme infernal juste avant un boss. En cas de chute lors de l’exploration, les points de passage sont fréquents, mais attention : en cas de mort réelle (PV à zéro), vous repartez du dernier point de sauvegarde, ce qui peut parfois signifier refaire un long trajet.
David contre Goliath
Les combats de boss constituent quant à eux des pics de difficulté de MIO: Memories In Orbit. Ces affrontements sont nombreux et nécessitent patience et analyse. Mio dispose de très peu de points de vie, ne laissant quasiment aucune marge d’erreur. La tension est palpable à chaque instant, car la moindre erreur de concentration se paie souvent par un retour à la case départ.
Cependant, les développeurs ont soigné leur copie : les patterns des boss sont généralement très lisibles et compréhensibles. Les timings, notamment lors des phases nécessitant de la plateforme en plein combat, sont assez tolérants pour permettre de corriger un tir de grappin mal orienté.
Et pour ne pas transformer ces échecs en trop grande frustration, on trouve quasi systématiquement un raccourci et / ou une zone de soin juste avant la salle du boss. Il n’est donc jamais nécessaire d’enchaîner une phase de plateforme complexe avec un combat, permettant de se concentrer uniquement sur l’apprentissage de l’affrontement.
Un défi personnalisable, mais non évitable
Si toutefois malgré cela, le challenge restait trop haut, quelques options d’accessibilité sont présentes. Pas de choix de mode de difficulté ici, mais divers possibilités tout de même :
- Une option permettant d’affaiblir le boss entre chaque essai, afin qu’au fur et à mesure des essais, il ait moins de PV (la perte de PV entre chaque essai reste heureusement légère)
- Une option rendant les mobs pacifistes tant qu’on ne les attaque pas
- Une option permettant de regagner 1 unique PV si Mio reste au sol assez longtemps, permettant plusieurs essais supplémentaires lors des phases de plateforme sans devoir repartir du point de respawn
Ces options permettent d’alléger le challenge, sans dénaturer l’expérience, puisqu’il sera toujours nécessaire de vaincre soi-même les boss et de réussir les phases de plateforme sans aide extérieure ou possibilité de spammer les capacités. L’Arche ne se laissera découvrir que par ceux qui en auront vraiment le courage.
Visuellement somptueux, inventif et exigeant dans son gameplay, MIO: Memories In Orbit est une réussite indéniable. Avec ses phases de plateformes intenses mais qui donnent l’impression de voler, et ses combats de boss aussi lisibles que réussis, Douze Dixièmes signe un Metroidvania qui regarde les ténors du genre droit dans les yeux, tout en y mettant son propre style (et quel style !). Si quelques imprécisions de gameplay peuvent parfois agacer, notamment avec le grappin, l’aventure vaut largement les quelques sueurs froides qu’elle procure. Une odyssée spatiale envoûtante, intelligente et généreuse, et déjà un des jeux de l’année !


